coumarines et furanocoumarines

Coumarines et furanocoumarines

Par Melanie
• 25 novembre 2021

Les coumarines et les furanocoumarines font partie de la famille des phénols.

Les coumarines

Elles sont produites par les plantes pour se défendre contre les herbivores; les molécules sont fabriquées à partir des phénylpropanoïdes. Parmi les familles botaniques, ce sont les Fabacées et les Poacées qui en produisent le plus fréquemment, mais on en retrouve également chez les Apiacées, les Rutacées et les Astéracées. On reconnaît facilement leur présence par l’odeur typique de foin fraîchement coupé!

Les coumarines sont des composés qui ont généralement des propriétés antioxydantes, anti-inflammatoires, antimicrobiennes, astringentes et qui se démarquent comme toniques veineux et lymphatiques. On s’en sert traditionnellement pour traiter les œdèmes, les hémorroïdes et les varices.

Elles sont des composés volatils qui se retrouvent dans l’huile essentielle de la plante si elle est distillée. Sous leur forme simple, elles sont plutôt solubles dans l’alcool, mais il n’est pas rare qu’elles se retrouvent sous forme d’hétérosides (avec une molécule de glucide jointe à sa structure). Dans ces cas, l’eau est également un bon solvant pour les extraire. Le vinaigre et la glycérine seraient également de bonnes options de solvants pour les macérations.

La coumarine

Mélilot blanc et angélique vraie - coumarines
Angélique vraie et mélilot blanc

La coumarine est la molécule la plus simple parmi les composés de cette famille. Elle a été identifiée la première fois dans la fève Tonka (Dipteryx odorata). Sa bonne odeur fraîche et vanillée est utilisée par les cuisiniers pour aromatiser desserts, caramels et boissons alcoolisées. Plusieurs autres plantes contiennent de la coumarine comme : l’aspérule odorante (Galium odoratum), le foin d’odeur (Anthoxanthum odoratum), le mélilot blanc (Melilotus albus), l’angélique vraie (Angelica archangelica), les graines de céleri (Apium graveolens).

La coumarine est un tonique veineux et lymphatique qui est généralement utilisé pour traiter les œdèmes.

Sa forme synthétique a d’ailleurs été utilisée par la médecine pour traiter des cas de lymphœdèmes post-chirurgicaux. Cette utilisation médicale a cependant été abolie suite à des cas d’hépatites chez certains patients.

La coumarine est préférablement soluble dans l’alcool, mais se dissout quand même bien dans l’eau chaude. Elle est très peu soluble dans l’eau froide. Conséquemment, il sera difficile de bien l’extraire dans le vinaigre et la glycérine à température ambiante.

L’ombelliférone (7-hydroxycoumarine)

L’ombélliférone est une molécule que l’on retrouve fréquemment chez les Apiacées comme la carotte, le panais, le persil, l’angélique vraie. On en retrouve également dans l’épervière piloselle (Pilosella officinarum).

Ses propriétés et sa solubilité sont très similaires à celles de la coumarine. Mais elle a comme particularité d’absorber les rayons ultraviolets à certaines longueurs d’onde. Elle a même été utilisée comme ingrédient dans les produits de protection solaire.

L’esculine

L’esculine est un hétéroside de l’esculétine; elle est présente en bonnes quantités chez le marronnier d’Inde (Aesculus hippocastanum). L’écorce des branches et la graine peuvent en contenir jusqu’à 8 %. On utilise la plante autant en externe qu’en interne pour la fragilité capillaire, les ecchymoses, les jambes lourdes, les hémorroïdes. En externe, on prépare généralement une décoction et on en fait des compresses ou un bain. En interne, on pourra le consommer sous forme de décoction, de concentré liquide dans l’alcool ou le vinaigre ou encore le réduire en poudre pour le mélanger à la nourriture.

D’autres plantes comme l’achillée millefeuille, la calendule, le fenouil commun et la menthe poivrée contiennent également de l’esculine.

Les coumarines sont-elles anticoagulantes?

Ces molécules contenues dans les plantes n’ont pas démontré d’activité anticoagulante notable chez les humains aux doses généralement consommées dans l’alimentation ou dans les préparations d’herboristerie.

Des changements relatifs au temps de coagulation (mais pas nécessairement dangereux) ont été observés chez les chevaux ayant brouté de grandes quantités de fourrage riche en coumarines. Toutefois les quantités ingérées sont plus élevées que la consommation humaine habituelle. En plus, leur système digestif fonctionne différemment du nôtre.

Le dicoumarol, anticoagulant puissant

Cependant, un détail important à savoir : les coumarines peuvent se transformer en dicoumarol en présence de moisissures, c’est ce qu’on appelle une mycotoxine. Une plante médicinale riche en coumarine qui est mal séchée ou entreposée (comme le foin des animaux ou encore du mélilot, de l’aspérule, etc.) pourrait contenir du dicoumarol. Le dicoumarol est un anticoagulant puissant, un inhibiteur de la vitamine K, qui peut causer des hémorragies. On l’utilise comme poudre mortelle pour les rongeurs.

D’ailleurs, c’est ce composé qui est à l’origine du développement de médicaments anticoagulants, dont la warfarine.

Warfarine (Coumadin) : ATTENTION!

La warfarine (nom commercial : Coumadin) est un médicament employé comme anticoagulant. On l’utilise pour traiter, entre autres, les thromboses et les embolies pulmonaires. C’est une molécule synthétique que les médecins et pharmaciens peuvent désigner comme étant de la famille des coumarines. Cependant, les coumarines végétales et les coumarines synthétiques sont très différentes au niveau de leurs actions thérapeutiques.

Fait important à noter : la warfarine est un médicament sujet aux interactions avec les plantes, l’alimentation et les autres médicaments. Les changements alimentaires et la prise de plantes peuvent demander un ajustement des doses. Donc, pour les consommateurs de la warfarine (Coumadin), un suivi médical pour l’état de la coagulation est requis. Et ce surtout, s’il y a prise de nouvelles plantes ou de nouveaux aliments (que ces plantes et aliments contiennent des coumarines ou non). Ce n’est pas la présence de coumarines dans les plantes qui fera une différence, les interactions sont beaucoup plus larges que cela.

En effet, plusieurs plantes anti-inflammatoires et antiplaquettaires qui ne contiennent pas de coumarines ont des interactions majeures avec la warfarine (par exemple, l’ail cultivée, la grande camomille et le millepertuis commun). Pour les autres types d’anticoagulants de nouvelle génération, plusieurs interactions sont également possibles. Dans tous les cas, une grande prudence est de mise.

 

Les furanocoumarines

Les furanocoumarines, parfois aussi appelées psoralènes, sont un autre groupe de molécules. Elles s’apparentent aux coumarines. Puisqu’elles sont formées à partir d’une coumarine à laquelle un cycle furane s’est ajouté. La plupart de ces molécules sont activées par les ultraviolets.  Elle peuvent donc provoquer des réactions cutanées et de la photosensibilité. Elles peuvent entraîner un accroissement momentané de la coloration de la peau et également provoquer des brûlements sévères selon la plante impliquée et la sensibilité de la personne.

Au niveau thérapeutique, on utilise ce type de composés pour traiter la décoloration pigmentaire comme le vitiligo et certains problèmes de peau comme le psoriasis et l’eczéma. Plusieurs composés sont antifongiques. D’ailleurs, la plante fabrique ce type de molécules pour se protéger des moisissures et des champignons.

On retrouve les furanocoumarines principalement dans les Apiacées et les Rutacées. Tout comme les coumarines, ce sont des composés volatils qui peuvent se retrouver dans l’huile essentielle de la plante si elle est distillée. La plupart des molécules sont peu solubles dans l’eau. L’alcool concentré et l’huile sont les meilleurs solvants pour extraire les furanocoumarines.

Le psoralène

Le psoralène est la molécule la plus simple parmi les molécules de cette famille.

Livèche officinale - furano coumarines
Livèche officinale

C’est un composé reconnu comme phototoxique; on le retrouve en quantités variables dans le céleri, le figuier, l’aneth, le persil, le panais, la livèche officinale, la rue des jardins, les agrumes et la berce (dont la berce du Caucase).

Autres furanocoumarines

Le bergaptène est également une furanocoumarine phototoxique que l’on retrouve dans le panais, plusieurs agrumes et la berce du Caucase.

Le pamplemousse, le pomelo, le tangelo, les oranges de Séville et leur jus contiennent de la bergamottine (et plusieurs dérivés). Ces furanocoumarines sont responsables de nombreuses interactions médicamenteuses parce qu’elles inhibent des cytochromes (CYP450, CYP3A4) qui interviennent dans le métabolisme des médicaments. Cette inhibition implique que la concentration sanguine du médicament en question peut augmenter et atteindre un niveau toxique.

 

Coumarines et furanocoumarines, en résumé

Les coumarines végétales sont des molécules très intéressantes d’un point de vue thérapeutique, car ce sont des toniques vasculaires qui agissent sur les systèmes veineux et lymphatique. Elles peuvent être utiles pour les œdèmes, ecchymoses, varices et hémorroïdes. Elles n’ont pas d’effet anticoagulant notable aux doses recommandées. Cependant, on prendra garde de bien sécher ces plantes avant de les entreposer afin qu’elles ne développent pas de dicoumarol, une mycotoxine très anticoagulante.

Concernant la prise d’anticoagulants, comme la warfarine, les interactions ne sont pas en lien avec leur contenu en coumarines, mais il y a plusieurs interactions à surveiller avec les aliments et les plantes anti-inflammatoires et antiplaquettaires.

Et, pour les furanocoumarines, ce sont généralement des composés phototoxiques. Il y a donc certaines précautions à prendre en considération avant de s’exposer au soleil si on en consomme ou si on les applique sur notre peau.


BRUNETON, Jean. Pharmacognosy, Phytochemistry, Medicinal Plants, 2nd Edition, Éditions Tec & Doc, Paris, 1999, 1120 p.

COLLECTIF HERBOTHÈQUE. Cours de pharmacologie et pharmacognosie, Herbothèque, Lantier, Qc, 2016.

GANORA, Lisa. Herbal Constituents, Foundations of Phytochemistry, Herbalchem Press, USA, 2009, 215 p.

SKENDERI, Gazmend. Herbal Made Vecum, Herbacy Press, New Jersey, 2003, 480 p.

Partagez cet article

Formations qui pourraient vous intéresser.

Initiation à la fabrication de produits d'herbotisterie

Parcours d'herboristerie familiale

Diplômes professionnels d'herboristerie

Ateliers en ligne et en personne

Rejoignez notre communauté!

Johanne Fontaine

C’est en 1993 que Johanne a commencé son apprentissage en herboristerie avec Danièle Laberge et elle est toujours aussi touchée et émerveillée par la beauté, la générosité et l’efficacité des plantes. Elle enseigne depuis la fin des années 1990 et c’est une passion pour elle de faire découvrir l’univers fascinant du monde végétal. Elle a élaboré Les herbes enchantées, des jardins à visiter à Roxton Pond en Estrie où elle avait rassemblé plus d’une centaine de variétés disposées par plates-bandes thématiques. Pendant neuf années, elle a accueilli visiteurs, stagiaires et élèves dans ce lieu bucolique. Depuis 2006, elle travaille à l’Herbothèque où elle participe à la rédaction du matériel de cours et accompagne les étudiants dans leur démarche tout en continuant sa pratique d’herboriste thérapeute accréditée et de coach. Elle s’est impliquée dans les associations d’herboristerie au niveau provincial et fédéral. Elle est également poétesse et harpiste.

Catherine Lalonde

Catherine est convaincue que l’herboristerie est une solution pour l’avenir de la santé communautaire de même que celle de la planète; elle travaille à la promouvoir comme médecine de première ligne afin d’amener le plus de gens possible à découvrir cet art et à se l’approprier. Elle est l’auteure du cahier éducatif pour enfants, Monsieur Plantain. Catherine a enseigné et travaillé à l’Herbothèque de 2008 à 2020. Elle a participé à coécrire plusieurs cours offerts par l’Herbothèque. En 2016, elle a créé son entreprise, Sauvages & Cultivées, qui se spécialise dans la production de plantes séchées et de produits variés. Depuis septembre 2020, elle se consacre au rayonnement de son entreprise.

Anne Vastel

Anne pratique l’herboristerie depuis plus de quinze ans et accompagne des personnes atteintes du cancer du sein depuis les débuts de sa pratique. Elle a fait des formations complémentaires en Colombie-Britannique auprès de Chanchal Cabrera et aux États-Unis auprès de Donald Yance pour approfondir ses connaissances de la maladie et des plantes médicinales. Elle se spécialise aussi dans l’accompagnement des personnes atteintes de la maladie de Lyme. Ces années de pratique lui permettent aujourd’hui de partager ses expériences avec vous afin que vous ayez plus de réponses à vos questions et que vous puissiez faire des choix qui vous conviennent. Anne se passionne aussi pour la médecine chinoise.

 

Natacha Imbeault

Enfant, elle a passé des heures à explorer la nature qui la fascinait. Les plantes et la santé naturelle sont depuis 1988 dans la vie de Natacha. Depuis janvier 2002, elle est copropriétaire et directrice de l’Herbothèque inc. Ses fonctions l’ont amenée à suivre diverses formations en gestion des affaires et en marketing. Natacha s’occupe du développement, de l’approche pédagogique des formations et dirige l’équipe, en plus de participer à la rédaction et à la mise à jour de documents académiques.

Éveilleuse, maitre herboriste, thérapeute multidisciplinaire en médecine naturelle et croissance personnelle, maitre reiki (depuis 1994), elle est entrepreneure, enseignante, chroniqueuse et conférencière. Elle œuvre dans le milieu de la santé naturelle depuis 1991 et depuis 1995 comme herboriste. Elle fait partie du Conseil des Sages de la Guilde des herboristes. Elle a siégé à plusieurs reprises au conseil d’administration, ainsi qu’au comité de l’aile professionnelle de la Guilde des herboristes du Québec. Elle est elle-même Herboriste thérapeute accréditée par l’aile professionnelle de la Guilde.

En plus de ses compétences entrepreneuriales, elle a comme thérapeute une approche holistique et un coffre à outils diversifié : reiki, herboristerie, naturopathie, élixirs floraux, alimentation, approche psychospirituelle, PNL, outils d’interventions TRIMA, formation en rite de passage, médecines énergétiques, médecine traditionnelle et plus encore.

Passionnée par la vie et la santé sous tous ses aspects, c’est pour elle une joie et un privilège d’accompagner l’autre dans son chemin vers la guérison, une plus grande connaissance de lui-même et de la vie qui nous nourrit. Femme médecine, elle porte et transmet la sagesse et les bienfaits de la terre et de la nature.

Son but premier, à travers tous les contacts et les enseignements qu’elle offre, est de transmettre son profond amour et son grand respect pour toutes formes de vie, dans le but d’éveiller en chacun un amour et une passion sans limites pour soi, les autres et la vie.