Dioscoride et De materia medica

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Pedanius Dioscoride est né vers l’an 40 après J.-C., à Anazarbe, en Cilicie (ce qui correspond aujourd’hui à la Turquie). Il est mort vers 90. Ce fut un grand médecin, botaniste et pharmacologue grec. Il fit ses études à Alexandrie, puis à Athènes, et fut notamment l’élève de Théophraste, grand philosophe grec. Sa plus grande contribution a sans aucun doute été la connaissance des plantes médicinales. On croit que Dioscoride aurait été médecin militaire sous les empereurs Claude 1er et Néron. Ainsi, en travaillant dans l’armée, il aurait été amené à voyager beaucoup, partout dans le monde grec ainsi que dans l’empire romain (Italie, Gaule, Espagne, Afrique du Nord, etc.). C’est justement lors de ces voyages qu’il aurait pu récolter toutes ses informations sur les plantes et les remèdes utilisés dans le monde.

De materia medica

Si Hippocrate est considéré comme le « père de la médecine », on pourrait dire que Dioscoride est le « père de la pharmacie ». Vers l’an 60, il a écrit son principal ouvrage : De materia medica, en 5 volumes. Dioscoride l’a rédigé en Grec, mais c’est le nom latin qui est demeuré dans les archives. Il n’est pas faux de dire que cet ouvrage est celui qui a eu le plus d’impact dans toute l’histoire de la botanique médicale. Il est resté pendant près de 15 siècles une des principales références dans le domaine. Dioscoride y fait la description de l’utilisation médicinale de près de 1600 produits, dont 60 % sont des produits végétaux (les autres sont des animaux ou des minéraux). Il mentionne leurs noms populaires (dans la langue de leur région de provenance), leurs propriétés ainsi que la manière de les récolter. Il explique les résultats qu’il a obtenus en utilisant ces divers produits thérapeutiques, soit en les essayant sur lui ou sur les soldats romains. De materia medica est également un ouvrage intéressant pour les connaissances historiques, car il nous permet de savoir quelles plantes étaient utilisées pour leurs propriétés médicinales par les différentes populations de l’Antiquité.

La plus ancienne copie de De materia medica a été retrouvée à Istanbul en 1560 et elle date du VIe siècle. C’est à Vienne que le document est aujourd’hui conservé. Cette version n’est pas tout à fait identique à celle rédigée par Dioscoride au départ. L’ordre des chapitres a été modifié et l’on croit que les images viennent d’un autre ouvrage (il semblerait en fait que la version écrite par Dioscoride ne contenait pas d’images). Les copies ultérieures ont souvent été augmentées de commentaires et de divers ajouts.

Dioscoride s’intéressait d’abord à la médecine, pas vraiment à la botanique en tant que telle. Il a beaucoup critiqué les écrits de ses prédécesseurs traitant des plantes, à l’exception de ceux de Crateuas, médecin du roi romain Mithridates VI, dont il parle avec respect dans la préface de son œuvre. Il préférait l’observation directe à la simple répétition trouvée d’un ouvrage à l’autre.

La Renaissance a été l’époque de la redécouverte de plusieurs auteurs de l’Antiquité et de leurs ouvrages. Pour Dioscoride, ce ne fut pas le cas, tout simplement car son œuvre n’avait jamais cessé de circuler, que ce soit dans les pays d’Europe ou les pays musulmans. Toutefois, ce nouvel engouement pour un retour aux œuvres classiques a contribué à l’émergence d’un renouveau au sein de la discipline botanique. De plus, l’invention de l’imprimerie a favorisé une diffusion beaucoup plus importante de l’œuvre de Dioscoride, et ce, dans plusieurs langues.

Dioscoride encore actuel?

Aujourd’hui, l’œuvre de Dioscoride demeure un ouvrage clé pour l’étude de la botanique de l’Antiquité. De plus, les connaissances sur les plantes et autres produits médicinaux ont survécu à travers les époques pour se rendre jusqu’à nous. Certes, dans le domaine de l’herboristerie traditionnelle, ces informations ont toujours constitué la base des connaissances. Mais même en médecine moderne, une quarantaine des produits décrits dans cet ouvrage font encore aujourd’hui partie de la pharmacopée ou, du moins, sont à l’origine de produits pharmaceutiques toujours existants. Bref, on peut dire que Dioscoride et son De materia medica furent un premier pont entre plantes, science et médecine. Peut-être serait-il intéressant, pour la médecine actuelle, d’aller revisiter les vieux ouvrages afin de rétablir ce pont avec les plantes…

Traduction française, Matthiole, 1572:

La flambe est nommee Iris pour la semblance quell’ a avec l’arc en ciel. Ses feuilles sont comme celles du glaieul, toutesfois plus grandes, plus larges, plus épaisses. Ses fleurs sont à la cime de chaque tige également éloignées l’une de l’autre, courbes, de diverses couleurs : car on y void du blanc, du palle, du jaune, du pers & bleu : laquelle diversité de couleurs la fait comparer à l’arc en ciel. Les racines sont noueuses, massives, de bone odeur. On les couppe en rouelles pour les secher à l’ombre, puis on les enfile pour les garder. La meilleure flambe est celle de Slavonie, & de Macedoine: & entre icelles la plus exquise est celle qui a les racines fort serrees, comme racourcies, fortes à rompre, roussatres, ameres au goust, d’odeur suave & sans aucun méllange d’étrange odeur, qui ne sentent aucunement le moysi, & font éternuer quand on les pile. La seconde en vertue est la flambe d’Afrique, blanche, amere au goust. Les racines avec le tems deviennent vermoulues, toutesfois, lors elles sont plus odorantes…

Bibliographie

« Dioscoride », Wikipedia, 2008.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Dioscoride

« Portrait de médecins : Dioscoride, Pedanius », Medarus.
http://www.medarus.org/Medecins/MedecinsTextes/dioscoride.htm

« Dioscoride, élément pour l’histoire de la botanique, des iris et des bulbes », Société française des iris et plantes bulbeuses.
http://www.iris-bulbeuses.org/culturel/Dioscoride.htm

L’image provient du site :
Biblioteca Nazionale di Napoli – Biblioteca digitale – Dioscurides Neapolitanus XLII

Cet article est tiré de la chronique “De mémoire d’herboristes” du  Journal de l’Herbothèque Terre de vie, volume 6, numéro 4, Automne 2008.

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