Les ginsengs

Les ginsengs

Les ginsengs : Panax et panacées

Panacée vient du grec ancien « Panakeia » de la racine pan (tout) et akos (remède). On comprend qu’une plante que l’on dit panacée est donc une plante très polyvalente qui agit sur plusieurs fronts en même temps. Ces plantes sont souvent dans les favorites des herboristes, car elles peuvent intégrer pratiquement tous les mélanges et offrir une grande palette de bénéfices sur la santé globale. Plusieurs me viennent en tête spontanément, tel que l’achillée millefeuille, la sauge officinale, mais aussi une classe de plantes : les adaptogènes.

Ce terme moderne d’adaptogène est utilisé pour qualifier une plante qui a un effet tonique global sur l’organisme, en agissant sur divers organes ou systèmes du corps. C’est un chercheur russe qui a formulé le concept d’adaptogène en 1947. Les plantes ainsi désignées doivent aussi augmenter la résistance de l’organisme au stress, tout en étant très sécuritaires. Dans les plantes qui ont hérité de ce qualificatif, on retrouve les ginsengs, des plantes aux véritables mille vertus.

Les ginsengs

Les ginsengs appartiennent au genre Panax qui dérive aussi de « Panakeia ». Le terme ginseng lui vient plutôt des termes chinois Gin « homme » et Seng « essence ». Souvent, les racines du ginseng ont justement été surnommées « petit homme » ou « homme » dans diverses cultures médicinales traditionnelles (chinoise, autochtone). Les ginsengs sont reconnus en médecine chinoise pour soutenir cinq organes viscéraux : Rein, Poumons, Foie, Cœur et Rate. Ils restaurent le yin et le yang et redonnent vitalité autant aux hommes qu’aux femmes. Ils sont aussi reconnus pour augmenter les liquides dans le corps. Les ginsengs sont des cures de jouvence, des plantes reconnues pour leur capacité à ralentir le vieillissement. Bref, de vraies panacées!

Plusieurs ginsengs existent sur notre magnifique Terre, douze ont été identifiés à ce jour, soit dix en Asie et deux en Amérique du Nord. Les plus connus sont le ginseng asiatique, le ginseng à cinq folioles et le notoginseng. Tous les ginsengs appartiennent à la famille des Araliacées. C’est principalement la racine qui est utilisée, quoique les feuilles et les fruits aient aussi une médecine à offrir.

Ginseng asiatique – Panax ginseng

Aussi appelé ginseng coréen, il est originaire des montagnes du nord de la Chine, de la Russie et de la Corée, où on ne le retrouve pratiquement plus à l’état sauvage.

Il est depuis fort longtemps reconnu comme un grand remède de choix dans la médecine chinoise (ren shen, signifiant « racine humaine »). Sa réputation de plante médicinale extraordinaire lui a valu d’être l’une des plantes les plus étudiées dans le monde. Les diverses études ont d’ailleurs validé sa valeur médicinale hors pair en confirmant ses usages traditionnels et en mettant en lumière d’autres usages pertinents méconnus.

Le ginseng asiatique est considéré comme un grand tonique général, régénérant les forces de vie et redonnant la vitalité à qui le consomme. Il a une affinité particulière avec les poumons, les reins et est considéré comme un adaptogène stimulant. Cependant, il peut causer un peu de nervosité chez certaines personnes. En outre, il est moins recommandé chez les gens ayant une dominance yang ou beaucoup de chaleur dans leur système. Il est souvent recommandé aux personnes plus âgées qui ont perdu de leur vitalité ou aux gens qui ont une fatigue avec le teint pâle, un manque d’énergie. Le ginseng asiatique serait aussi pertinent dans des mélanges pour la prévention de l’Alzheimer, car il améliore la mémoire.

Ginseng à cinq folioles – Panax quinquefolius

Ginseng à cinq foliolesCommunément appelé ginseng américain, ce ginseng est originaire du nord-est de l’Amérique du Nord. C’est une magnifique plante de sous-bois qui adore les sols riches et qui prend de trois à huit années avant d’arriver à maturité et de commencer à fleurir.

La médecine de ce ginseng a été reconnue par de multiples peuples autochtones et est utilisée en médecine traditionnelle chinoise (xi yang shen) depuis les années 1700. Sa grande polyvalence en fait un adaptogène populaire. Il est reconnu pour être moins stimulant et moins réchauffant que le ginseng asiatique, tout en ayant des vertus très similaires, ce qui le rend encore plus indiqué pour tout type physiologique. Il est bien adapté aux gens plus jeunes qui ont encore de la vitalité profonde, mais qui ressentent un peu de fatigue.

En médecine chinoise, il est conseillé lorsqu’il y a une déficience du yin. Utile pour soutenir les surrénales et le pancréas, le ginseng à cinq folioles est tout indiqué en cas de syndrome métabolique, de fatigue chronique, d’insuffisance des glandes surrénales. De plus, sa racine peut être utilisée comme digestive. Elle stimule la production d’acide gastrique et de sucs digestifs, la rendant donc très utile pour favoriser l’absorption en général. Elle est aussi anti-inflammatoire.

Notoginseng – Panax notoginseng

Il est aussi couramment surnommé pseudoginseng et même ginseng asiatique, ce qui porte à confusion. Il est originaire de la Chine où il est une des plus grandes plantes utilisées pour la longévité, pour tonifier et pour protéger le système cardiovasculaire. Ses propriétés sont quelque peu différentes de celles du ginseng asiatique. En plus, il agit sur la douleur et l’inflammation en les réduisant. Il est aussi un hémostatique et il favorise la santé du cœur et des os, en plus d’être un altératif sanguin (lorsqu’il est cuit). Tout comme les autres Panax, il est bénéfique pour le foie et les reins. Le notoginseng rouge semble être le ginseng qui présente la plus grande activité antitumorale parmi les trois espèces les plus couramment utilisées.

Confusion dans le nom « ginseng »

Le terme « ginseng » porte son lot de confusion, il y a même plusieurs plantes qui portent ce nom sans même appartenir à la même famille botanique ni même au genre Panax. Regardons ce phénomène d’un peu plus près.

Ginseng blanc et ginseng rouge

Cette terminologie définit entre autres une méthode de transformation et de conservation du ginseng. Pour sa part, le ginseng blanc a été séché au soleil, après avoir être pelé. C’est habituellement une racine de cinq à six ans. Tandis que le ginseng rouge est principalement de source asiatique (ginseng asiatique, notoginseng, ginseng japonais) et est une racine pelée de six ans, qui est dans un premier temps cuite à la vapeur et ensuite séchée. Parfois, du sucre est ajouté à la racine pour augmenter sa conservation.

Plantes communément nommées ginseng

De multiples plantes sont communément nommées ginsengs, sans en être à proprement dit. Plusieurs d’entre elles sont des adaptogènes. En voici quelques-unes.

Nom commun Nom latin  
Aralie à tige nue (Salsepareille) Aralia nudicaulis Surnommée ginseng sauvage.
Ashwagandha Withania somnifera Surnommée ginseng indien, elle est clairement une force de la nature. Une adaptogène hors pair, nutritive, fortifiante, rééquilibrante, etc.
Canaigre Rumex hymenosepalus Surnommé ginseng rouge d’Amérique ou ginseng sauvage rouge du désert.
Bois piquant

(Devil’s club)

Oplopanax horridus Surnommé ginseng du Pacifique ou ginseng alaskien
Éleuthérocoque Eleutherococcus senticosus Longtemps appelé ginseng sibérien. Il est une adaptogène, augmentant les capacités physiques et l’oxygénation du corps, fortifiant le système immunitaire, etc.
Gynostemma (jiao gu lan) Gynostemma pentaphyllum Surnommé ginseng bleu du sud, c’est la seule plante qui n’est pas un Panax dans laquelle on retrouve des ginsénosides. C’est une adaptogène intéressante dans la régulation de la glycémie.
Maca Lepidium meyenii Surnommé ginseng péruvien. Cet adaptogène a gagné en popularité dans les dernières années pour son aspect tonifiant global et même stimulant de la libido.
Suma Hebanthe eriantha Surnommé ginseng brésilien.
Tongkat ali Eurycoma longifolia Surnommé ginseng malaisien

Les constituants vedettes : les ginsénosides

Ce sont des composés de la famille des saponines. Plus d’une trentaine ont été identifiés dans les différentes espèces de Panax. Ces composantes auraient, entre autres, des qualités neuroprotectrices, antitumorales et antioxydantes.

Le ginseng blanc contiendrait plus de saponines de type Rb tandis que le rouge aurait plus de saponines de type Rg. Cette particularité leur conférerait des différences au niveau thérapeutique. Les vertus nervines et calmantes sont amplifiées dans le ginseng blanc et les vertus stimulantes et antitumorales le sont dans le ginseng rouge. Le deuxième mode de préparation (celui du ginseng rouge) semble rendre plus assimilables et actives certaines classes de ginsénosides du ginseng et activerait de façon générale ses vertus globales. Cette préparation traditionnelle montrant encore une fois le savoir-faire des anciens.

Les ginsengs, en voie de disparition

Malheureusement, les grandes vertus reconnues de cette plante lui ont valu une cueillette trop intensive pour sa capacité de reproduction. Encore à ce jour et malgré les nombreuses interdictions de récolte sauvages, des talles en milieu protégé continuent d’être pillées. Connaissant la lenteur de son cycle de reproduction, on comprend bien que la cueillette du ginseng à cinq folioles représente une réelle menace pour la survie de cette plante.

En Chine, le ginseng sauvage a depuis longtemps disparu ou presque. Historiquement, sa racine a souvent été cueillie avant sa maturité, à mesure que la rareté de la ressource s’est fait sentir, ce qui a contribué au ralentissement de sa reproduction naturelle. D’autant plus qu’il prend environ six ans avant de commencer son cycle de reproduction.

Situation canadienne

Le ginseng à cinq folioles est classé comme une espèce en voie de disparition en Ontario et comme une espèce menacée au Québec. Étant donné son statut très précaire, il est essentiel de s’assurer d’acheter ceux provenant de culture, plutôt que de cueillette sauvage. Au Canada, seul le commerce de ginseng cultivé est légal et la possession de ginseng sauvage cueilli au Canada est illégale.

Pressions sur la survie du ginseng

Soulignons au passage que les vastes coupes forestières ont aussi exercé une forte pression sur la population de ginseng en détruisant des hectares et des hectares de son milieu naturel. Le développement de l’industrie agricole, l’exploitation de sources d’énergie ou de minerais, l’urbanisation, le développement d’infrastructures récréatives (golf, sentiers, pentes de ski, etc.) ont également contribué et continuent de contribuer à la destruction des milieux naturels où il vit.

De plus, des phénomènes naturels exercent maintenant une pression sur la population du ginseng à cinq folioles, notamment en raison des changements climatiques, influençant les cycles de gels et de dégels, augmentant la fréquence des tempêtes spontanées, etc.

ginseng et cerf de VirginieEn plus, un autre phénomène naturel menace cette plante, soit : la croissance des populations de cerfs de Virginie dans les milieux naturels protégés. Étant donnée l’interdiction de chasse, leur population est en croissance et ces magnifiques bêtes broutent le feuillage du vulnérable ginseng qui n’est plus autant apte à se régénérer adéquatement.

D’autres phénomènes naturels, tels que les espèces végétales introduites et envahissantes ainsi que la montée des limaces (qui mangent son feuillage) et des vers de terre (qui modifient la composition du sol, le rendant inapproprié pour le développement des colonies) et même de certains champignons sont maintenant des menaces réelles à sa survie.

En gros, ces déséquilibres et interventions humaines sur la nature ont eu et ont encore un impact majeur sur l’écosystème et, par conséquent, sur la survie des populations de ginseng à cinq folioles.

Adultération du ginseng

ginsengsLa presque disparition du ginseng sauvage et la complexité de la culture du ginseng ont contribué à augmenter le coût de la racine de ginseng. Les transformateurs ont donc subi une augmentation du coût de leur matière première et, par conséquent, de leurs profits sur leur produit. Les premières adultérations ont justement été recensées en même temps que les grandes cueillettes massives de ginseng sauvage, soit au XVIIIe siècle. C’est donc un phénomène qui ne date pas d’hier! C’est une conséquence directe de la baisse de ressource première et de la demande incessante et même croissante pour ce produit. Plusieurs types d’adultérations ont été observées, soit par l’ajout :

– De plantes de genre différent que les Panax, tels que du codonopsis. D’ailleurs, elles peuvent même appartenir à une autre famille botanique.

– D’une autre espèce. Par exemple, on verra du notoginseng plutôt que du ginseng asiatique parce que les coûts de production sont moindres.

– D’autres substances, tel que des agents de remplissage, etc.

– Intentionnel d’autres parties de la plante, malgré leur profil médicinal différent.

– De matériel de moindre qualité, tel que des matières résiduelles de la transformation.

Ces plantes adjuvantes

Globalement, elles peuvent être utilisées en remplacement ou en adjuvant dans des produits qui se disent du ginseng. En voici une liste non exhaustive :

Adenophora triphylla

Angelica pubescens

Platycodon grandiflorus

Codonopsis pilosula

Gynura japonica

Eleutherococcus sessiliflorus

Asyneuma japonicum

Platycodon gradniflorus

Rehmannia glutinosa

On peut clairement voir que ces plantes n’appartiennent pas au même genre Panax. Elles doivent donc avoir des vertus différentes, ainsi que des effets secondaires différents.

Les ginsengs en toute connaissance

Le sujet est vaste pour ces panacées utilisées depuis des centaines voire des milliers d’années, il pourrait à lui-même remplir un livre. On comprend donc aisément que ces plantes aux mille vertus ont eu à subir les contrecoups de leur médecine généreuse; elles ont suscité le désir, la convoitise. Soyons en conscients lorsque l’on en achète. Vérifions l’origine et privilégions celui de culture. Lorsque nous allons en milieu naturel, prenons soin de ne pas sortir des sentiers, et surtout de ne pas le cueillir. Apprenons et ayons la sagesse de laisser ces merveilleux végétaux se régénérer et reprendre leur place à l’état sauvage, dans nos forêts.

 

Références

AWANG, Denis et Michael Z.C.LI. The Pharmacologically Active Constituents of White and Red Ginseng Root, HerbalGram, 2008.

FOSTER, Steven. Toward and Understanding of Ginseng Adulteration: The Tangled Web of Names. History. Trade. And Perception, Herbalgram, issue 111, 2016.

GOUVERNEMENT DU CANADA. Ginseng à cinq folioles, https://www.canada.ca/fr/environnement-changement-climatique/services/registre-public-especes-peril/programmes-retablissement/ginseng-cinq-folioles-2018.html

WIKIPÉDIA. Panacée, https://fr.wikipedia.org/wiki/Panac%C3%A9e

WINSTON, David et Steven MAIMES. Adaptogens – Herbs for Strength, Stamina, and Stress Relief, Healing Arts Press, 2007.

YANCE, Donald. Adaptogens in Medical Herbalism – Elite Herbs and Natural Compounds for Mastering Stress, Aging, And Chronic Disease, Healing Arts Press, 2013.

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