Les glucides

Rassurez-vous, le but de cet article n’est pas de vous étourdir avec les molécules, mais plutôt de faire des liens entre certaines molécules et les propriétés des plantes. Personnellement, la connaissance de la chimie est un langage qui m’aide à mieux comprendre pourquoi les herboristes utilisent une plante d’une certaine façon plutôt qu’une autre.

Par exemple, pourquoi va-t-on préférer une plante en infusion froide, une autre en infusion chaude, ou encore en teinture dans l’alcool ou dans le vinaigre de cidre de pomme? Sans oublier que l’on peut faire des liens intéressants avec les textures et les saveurs, les goûts sucrés, amers, acides, astringents… En fait, en goûtant la plante, on peut avoir un petit aperçu de ses composés majoritaires et ainsi déduire certaines de ses vertus thérapeutiques.

Lisa Ganora (une herboriste américaine qui enseigne la phytochimie) suggère de visualiser les molécules comme des patterns d’énergie colorés, vivants, interreliés les uns aux autres. J’aime bien cette vision, les molécules ne sont donc plus juste une série de lettres et de chiffres, mais des êtres vivants qui transportent une énergie particulière. Alors voici une petite introduction à la chimie des plantes!

 

Tout cela débute avec la photosynthèse

La plante va produire du glucose à partir du gaz carbonique et de l’eau avec l’énergie du soleil et la chlorophylle.

6 CO2 (gaz carbonique) + 6 H2O (eau) —soleil—> C6H12O6 (glucose) + O2 (oxygène)

À partir du glucose, la plante va produire une multitude de composés utiles à son fonctionnement de base (métabolites primaires) et d’autres qui sont plus spécifiques à sa survie (métabolites secondaires). Parmi les métabolites primaires, il y a les glucides, les lipides et les acides aminés tout comme dans le corps humain. Cet article présente donc un groupe de métabolites primaires : les glucides.

 

Les glucides

Ils sont des éléments de soutien, des réserves d’énergie emmagasinées de la photosynthèse et des matières premières pour préparer toutes sortes de substances contenues dans la plante. Dans ce groupe des glucides, il y a bien sûr les sucres simples que l’on nomme monosaccharides (glucose, fructose, etc.) et disaccharides (sucrose, lactose, etc.).

Si plusieurs molécules se combinent entre elles ou avec d’autres types de molécules, elles forment des oligosaccharides et des polysaccharides qui sont des molécules des plus intéressantes pour leurs propriétés en herboristerie.

Elles peuvent aussi être modifiées en molécules apparentées telles que les acides organiques et acides uroniques. En fait, les glucides se joignent à plusieurs types de molécules pour favoriser leur solubilité dans l’eau et faciliter leurs déplacements dans le corps humain. Ainsi, on les retrouvera également comme partenaires dans les autres familles de molécules végétales.

 

Molécules d’intérêts de la famille des glucides

Inuline

L’inuline est un oligosaccharide prébiotique qui sert de nourriture aux bonnes bactéries de notre microbiote. De par cette action sur l’intestin, elle aide à stabiliser le taux de sucre sanguin en diminuant l’absorption du glucose et elle agit aussi comme anti-inflammatoire sur les dérèglements intestinaux.

Quelques plantes riches en inuline : racines de pissenlit, racines de chicorée sauvage, racines de grande aunée et l’ail.

Cette composante se retrouve principalement dans les racines et se solubilise beaucoup mieux dans l’eau chaude. C’est une des substances qui a tendance à précipiter dans nos concentrés liquides. Alors pour profiter pleinement de ses vertus, nous préférerons les décoctions. La glycérine et le vinaigre de cidre pourraient aussi être de bonnes options pour les concentrés liquides. Son goût est pâteux et très légèrement sucré.

 

Mucilages

Les mucilages sont de gros polysaccharides qui forment un gel dans l’eau. On les utilise comme émollient pour la peau et les muqueuses pour traiter toutes sortes d’inflammations par la douceur qu’ils apportent. Les mucilages sont un ingrédient essentiel pour tous les sirops contre la toux.

Quelques plantes riches en mucilages : guimauve officinale, mauve des bois ou musquée, lin, consoude officinale.

Ces composantes se solubilisent mieux dans l’eau froide, c’est pourquoi on va laisser tremper les plantes plusieurs heures avant de préparer nos sirops. On peut les extraire avec le vinaigre de cidre ou la glycérine, mais ils sont insolubles dans l’alcool. Ce sont des substances qui fermentent facilement donc qui réduisent la durée de vie des produits.

Pour profiter de leurs vertus, on préférera les infusions froides et les cataplasmes et, en second choix, les infusions chaudes, sirops et concentrés dans le vinaigre ou la glycérine. Le goût est gélatineux, visqueux et très légèrement sucré.

 

Polysaccharides immunomodulateurs

Certaines combinaisons de polysaccharides avec d’autres types de molécules comme des protéines ont démontré des capacités à stimuler le système immunitaire.

Quelques plantes contenant ce type de polysaccharides : astragale, champignons, ginsengs, échinacée pourpre, plantain majeur et lancéolé, calendule.

La plupart du temps, ce type de composés est plus facilement soluble dans l’eau, c’est pourquoi on préférera les infusions et les décoctions. On pourra tout de même préparer des concentrés liquides dans le vinaigre de cidre, mais, pour les teintures, on utilisera un faible taux d’alcool (20 à 30 %). Le goût de ce type de composés est plutôt pâteux avec une petite note sucrée.

 

Dérivés de glucides

Acides organiques

Les sucres simples peuvent être modifiés par les plantes pour former de petites molécules comme l’acide citrique, l’acide ascorbique ou l’acide oxalique. Ce sont principalement des antioxydants qui protègent la plante des UV et de la dégradation.

Si on prend, par exemple, l’acide ascorbique (vitamine C), c’est aussi un antioxydant pour nous, elle active notre système immunitaire et la fabrication du collagène. Cette dernière propriété est particulièrement intéressante pour les soins anti-âge.

Quelques plantes en contenant : les fruits en général dont les baies d’églantier commun, d’aubépine, d’argousier et toutes les feuilles vertes.

La vitamine C est soluble dans l’eau, mais se dégrade rapidement à la chaleur et à la lumière. Alors, on privilégiera les infusions froides ou chaudes de courte durée ou l’on extraira le jus de la plante. Son goût est acidulé.

 

Acides uroniques

Les sucres simples peuvent aussi être modifiés par les plantes pour former un autre type de molécule appelée « acide uronique » comme l’acide glucuronique, l’acide galacturonique ou l’acide mannuronique. Ce type de molécule est très souvent présent en association avec les mucilages dans les plantes. C’est un groupe intéressant, car cette molécule se lie à différentes toxines pour les solubiliser et ainsi faciliter leur élimination.

Quelques plantes en contenant : plantain majeur et lancéolé, guimauve officinale, pomme, algues et plusieurs fruits. Les préparations de kumbucha en contiennent aussi.

Nous pouvons faire un lien entre la présence de ce type de molécule et certaines cures dépuratives. Ce sont des composés solubles dans l’eau et l’alcool, mais comme ils sont liés avec les mucilages, les infusions froides et les cataplasmes sont tout indiqués. L’extraction du jus de la plante serait aussi une bonne option. Leur goût est légèrement acide.

 

J’espère avoir réussi à piquer votre curiosité suffisamment pour que vous ayez le goût de lire plus sur les principes actifs des plantes. À bientôt!

 

Références

BRUNETON, Jean, Pharmacognosy, Phytochemistry, Medicinal Plants, 2de édition, Éditions Tec & Doc, Paris, 1999, 1120 p.

COLLECTIF HERBOTHÈQUE, Cours de pharmacologie et pharmacognosie, Herbothèque, Lantier (Québec), 2016.

GANORA, Lisa, Herbal Constituents, Foundations of Phytochemistry, Herbalchem Press, États-Unis, 2009, 215 p.

GREEN, James, The Herbal Medecine-Maker’s Handbook, Crossing Press, États-Unis, 2000, 384 p.

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