Macération de bourgeons; de la théorie à la pratique

La gemmothérapie est une branche de l’herboristerie qui s’avère exceptionnelle. Faire vos propres macérations ? Simple et possible. En 2002, j’ai eu le plaisir d’assister à des conférences sur le sujet en France et de discuter avec des fabricants. Depuis ce temps, le printemps devient une course effrénée où l’éclosion des bourgeons se fait au rythme de l’arrivée de la chaleur. De manière générale, la période de récolte peut s’échelonner sur plus ou moins un mois avec la récolte des bourgeons précoces de lilas, puis tous ceux de la famille des rosacées, pour terminer avec le tardif vinaigrier. Toutefois, nous n’avons généralement que quelques jours pour faire la récolte de chaque espèce d’arbre ou d’arbuste. Pluie ou pas, nous n’avons pas toujours le choix.

Les bourgeons sont récoltés lorsqu’ils sont gorgés de sève, c’est-à-dire gonflés, mais peu ouverts. Le peuplier baumier, le lilas, l’érable, le bouleau, le saule et bien d’autres nous offriront leurs bourgeons. Pour leur part, les jeunes pousses sont récoltées au tout début de leur croissance; les rosacées dont le cassis, le framboisier, le rosier ainsi que le ginkgo et tous les conifères nous offrent de jeunes pousses. Dans le cas de la gemmothérapie, nous ne cherchons pas la chlorophylle, mais plutôt les cellules indifférenciées et les hormones de croissance, situées au centre du bourgeon et de la jeune pousse. Ces trésors thérapeutiques seront présents jusqu’à la production de chlorophylle, c’est-à-dire jusqu’à l’ouverture du bourgeon vers la lumière.

Les ratios de macération varient entre 1 : 3 à 1 : 6. Ainsi, pour 20 grammes de bourgeons frais, vous ajouterez 60 à 120 grammes de votre solvant prêt à l’emploi (eau-glycérine-alcool à 70 %). Pour certains bourgeons, il est facile de faire du 1 : 3 alors que c’est pratiquement impossible pour d’autres. Comme la récolte doit se faire de manière respectueuse de l’arbre, il n’est pas toujours facile de préparer de grosses quantités de macération. Les bourgeons ne seront ni coupés ni broyés et tremperont dans le solvant pour une durée approximative de trois semaines.

Le solvant sera composé à parts égales d’eau, d’alcool à 70 % et de glycérine (33 % chaque). Pour l’obtention d’un alcool à 70 %, vous pouvez mélanger en quantité égale de l’alcool 94 % et de l’alcool 40 %; vous obtiendrez alors un alcool à 68 % sans un trop grand casse-tête mathématique ! Un producteur français m’a confié avoir changé la traditionnelle glycérine citée dans la littérature pour du sirop d’agave. Pour ma part, j’utilise souvent le sirop d’érable ou le sirop de bouleau. Quoi de mieux que de faire macérer des bourgeons de bouleau dans leur propre sirop ? La présence du sucre dans la macération permet l’extraction des huiles essentielles, des flavonoïdes liposolubles, des vitamines liposolubles et de certains acides. De manière similaire, l’alcool permet aussi l’extraction des alcaloïdes, des hétérosides et des glycosides. Pour sa part, l’eau extrait les dérivés hydrosolubles, dont les tanins, les sels minéraux, les flavonoïdes hydrosolubles, les vitamines hydrosolubles et certains acides. Est-ce que ces trois solvants sont absolument nécessaires pour l’extraction des principes actifs et hormones de croissance présents dans les bourgeons ? Est-ce que seul l’alcool et pourquoi pas, l’ajout du vinaigre de cidre de pomme pourrait être suffisant et bénéfique ? Peut-être que oui, peut-être que non… La méthode d’extraction originelle est celle créée par le Docteur Pol Henry en 1959 et des analyses pourraient nous permettre de comparer différents résultats d’extractions selon les solvants utilisés. En attendant l’accessibilité de ces résultats, suivons la tradition ou… explorons; à vous de décider !

Après la filtration, les bourgeons seront légèrement pressés afin d’extraire le plus possible de macérât-mère. Tout comme les teintures, les macérations de bourgeons se conservent très, très longtemps !

La majorité de la littérature proposera des posologies variant de 5 à 20 gouttes de macérât-mère. Ces recommandations seront ajustées par le thérapeute qui tiendra en compte la sensibilité de son client, la pathologie à soigner et la durée du traitement. La meilleure façon de les découvrir est de les essayer sur vous-même ! Pour ma part, je sors maintenant des sentiers battus; tous les bourgeons sont explorés. Merci aux bourgeons de rosiers pour calmer la toux des enfants, aux bourgeons de schisandra pour avoir soigné des tensions hépatiques instantanément, aux bourgeons de sapin pour la guérison de vertèbres cervicales fracturées chez un diabétique dont la guérison ne progressait pas, aux bourgeons d’aubépine chez les hypertensifs non contrôlés et j’en passe. Mille mercis !

Article tiré du Journal Terre de Vie, Printemps 2017

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Johanne Fontaine

C’est en 1993 que Johanne a commencé son apprentissage en herboristerie avec Danièle Laberge et elle est toujours aussi touchée et émerveillée par la beauté, la générosité et l’efficacité des plantes. Elle enseigne depuis la fin des années 1990 et c’est une passion pour elle de faire découvrir l’univers fascinant du monde végétal. Elle a élaboré Les herbes enchantées, des jardins à visiter à Roxton Pond en Estrie où elle avait rassemblé plus d’une centaine de variétés disposées par plates-bandes thématiques. Pendant neuf années, elle a accueilli visiteurs, stagiaires et élèves dans ce lieu bucolique. Depuis 2006, elle travaille à l’Herbothèque où elle participe à la rédaction du matériel de cours et accompagne les étudiants dans leur démarche tout en continuant sa pratique d’herboriste thérapeute accréditée et de coach. Elle s’est impliquée dans les associations d’herboristerie au niveau provincial et fédéral. Elle est également poétesse et harpiste.

Catherine Lalonde

Catherine est convaincue que l’herboristerie est une solution pour l’avenir de la santé communautaire de même que celle de la planète; elle travaille à la promouvoir comme médecine de première ligne afin d’amener le plus de gens possible à découvrir cet art et à se l’approprier. Elle est l’auteure du cahier éducatif pour enfants, Monsieur Plantain. Catherine a enseigné et travaillé à l’Herbothèque de 2008 à 2020. Elle a participé à coécrire plusieurs cours offerts par l’Herbothèque. En 2016, elle a créé son entreprise, Sauvages & Cultivées, qui se spécialise dans la production de plantes séchées et de produits variés. Depuis septembre 2020, elle se consacre au rayonnement de son entreprise.

Anne Vastel

Anne pratique l’herboristerie depuis plus de quinze ans et accompagne des personnes atteintes du cancer du sein depuis les débuts de sa pratique. Elle a fait des formations complémentaires en Colombie-Britannique auprès de Chanchal Cabrera et aux États-Unis auprès de Donald Yance pour approfondir ses connaissances de la maladie et des plantes médicinales. Elle se spécialise aussi dans l’accompagnement des personnes atteintes de la maladie de Lyme. Ces années de pratique lui permettent aujourd’hui de partager ses expériences avec vous afin que vous ayez plus de réponses à vos questions et que vous puissiez faire des choix qui vous conviennent. Anne se passionne aussi pour la médecine chinoise.

 

Natacha Imbeault

Enfant, elle a passé des heures à explorer la nature qui la fascinait. Les plantes et la santé naturelle sont depuis 1988 dans la vie de Natacha. Depuis janvier 2002, elle est copropriétaire et directrice de l’Herbothèque inc. Ses fonctions l’ont amenée à suivre diverses formations en gestion des affaires et en marketing. Natacha s’occupe du développement, de l’approche pédagogique des formations et dirige l’équipe, en plus de participer à la rédaction et à la mise à jour de documents académiques.

Éveilleuse, maitre herboriste, thérapeute multidisciplinaire en médecine naturelle et croissance personnelle, maitre reiki (depuis 1994), elle est entrepreneure, enseignante, chroniqueuse et conférencière. Elle œuvre dans le milieu de la santé naturelle depuis 1991 et depuis 1995 comme herboriste. Elle fait partie du Conseil des Sages de la Guilde des herboristes. Elle a siégé à plusieurs reprises au conseil d’administration, ainsi qu’au comité de l’aile professionnelle de la Guilde des herboristes du Québec. Elle est elle-même Herboriste thérapeute accréditée par l’aile professionnelle de la Guilde.

En plus de ses compétences entrepreneuriales, elle a comme thérapeute une approche holistique et un coffre à outils diversifié : reiki, herboristerie, naturopathie, élixirs floraux, alimentation, approche psychospirituelle, PNL, outils d’interventions TRIMA, formation en rite de passage, médecines énergétiques, médecine traditionnelle et plus encore.

Passionnée par la vie et la santé sous tous ses aspects, c’est pour elle une joie et un privilège d’accompagner l’autre dans son chemin vers la guérison, une plus grande connaissance de lui-même et de la vie qui nous nourrit. Femme médecine, elle porte et transmet la sagesse et les bienfaits de la terre et de la nature.

Son but premier, à travers tous les contacts et les enseignements qu’elle offre, est de transmettre son profond amour et son grand respect pour toutes formes de vie, dans le but d’éveiller en chacun un amour et une passion sans limites pour soi, les autres et la vie.