Microbiote cutané

Microbiote cutané

Dans l’infiniment petit, imperceptible à l’œil nu, réside une vie bien riche et complexe, à la surface de notre peau. Au cours des dernières années, de plus en plus d’études se sont penchées sur ces symbioses cutanées impliquant bactéries, virus, champignons, acariens, etc. afin de mieux les comprendre. Des liens ont été faits entre certaines maladies de la peau et certains déséquilibres du microbiote cutané; de ce microcosme symbiotique.

Je me rappelle avoir découvert, il y a plusieurs années, que l’on pouvait travailler avec des bactéries pour rétablir les odeurs corporelles et ça m’avait vraiment fascinée. C’était comme si une porte s’ouvrait pour me permettre de comprendre et de découvrir un monde jusqu’à présent inconnu. J’adore ces moments, ceux où ma curiosité allume tout mon enthousiasme! Ceux où, sous la surface, je découvre un monde qui s’y cache!

Allons donc découvrir ensemble ce microbiote cutané.

Barrière naturelle et microbiote cutané

Mentionnons d’abord que notre peau est un organe très particulier et aussi un des organes les plus grands et les plus lourds de notre corps. La peau est construire en différentes couches de tissus : épiderme, derme, hypoderme. La science a longtemps cru que le derme et l’hypoderme (les deux couches plus profondes de la peau) étaient stériles, mais on sait maintenant que l’on retrouve toutes sortes de microorganismes en leur sein. Le microbiote cutané n’est pas seulement à la surface.

La surface de la peau est un milieu naturellement acide. Cette acidité, qui constitue une de ses défenses naturelles, lui permet de littéralement tuer plusieurs pathogènes, avant même qu’ils pénètrent à l’intérieur de l’organisme.

Entre protection et communication

On sait depuis longtemps que la peau est une grande barrière entre le monde extérieur et notre monde intérieur. C’est même assez évident! D’un autre côté, notre peau est aussi notre plus grand lieu d’échanges et de contact avec l’environnement extérieur. Elle a donc deux rôles : elle nous protège et elle nous met en contact. Intéressant!

Écosystème cutané

À la surface de la peau, on retrouve naturellement une véritable communauté de microorganismes. C’est ce qui est appelé le microbiote cutané. Sommairement, un microbiote réfère à un ensemble de microorganismes (bactéries, virus, champignons, etc.) qui vivent en symbiose avec une surface donnée (peau, muqueuses, etc.). La taille microscopique de tous ces microorganismes vivant à la surface de notre peau les rend invisibles à l’œil nu. Pourtant, toute une vie y a lieu; ça grouille, ça combat, ça protège notre organisme et j’en passe.

Microbiote cutané et biofilmsCet écosystème cutané se renouvelle constamment au gré de la desquamation de la peau. Et lorsque la peau est saine, ces microorganismes sont organisés sous forme de biofilms adaptés aux différentes parties du corps.

Les bactéries semblent être très présentes (parfois plus de 500 000 par centimètre carré de peau). Leur présence peut être encore plus importante dans les zones riches en sébum. Une des bactéries les plus fréquentes (autour de 90 %) sur l’ensemble de la peau est Staphylococcus epidermis.

Relation symbiotique du microbiote cutané

Nous vivons en réelle symbiose avec tous ces microorganismes : nous les nourrissons et ils nous aident à fortifier les vertus protectrices de notre peau de différentes façons. Ils vont, entre autres :

–       aider à maintenir le pH acide de notre peau, par le biais de leurs sécrétions;

–       diminuer l’espace et la nourriture disponibles pour des bactéries pathogènes;

–       sécréter des substances toxiques (bactériocines) pour tuer d’autres bactéries pathogènes;

–       participer à l’immunité globale de la peau et même contribuer à réduire les réactions allergiques cutanées.

À chaque partie, son microbiote cutané

Les populations de microorganismes varient selon les différentes parties du corps. Ainsi, le microbiote cutané n’est pas le même au visage que sur les mains, le corps, les aisselles, etc. On pourrait même observer des différences entre les deux mains. En effet, différents types de zones corporelles ont été déterminées : zones humides, zones grasses (sébacées) et zones sèches. Chacune de celles-ci est plus habitée par certains microorganismes. Par exemple, la levure Malassezia se retrouve plus particulièrement dans les zones riches en sébum.

Zones grasses : visage, intérieur des oreilles, cuir chevelu, haut du torse, dos, etc.

Zones humides : intérieur des narines, aisselles, entre les doigts, nombril, sillon interfessier, etc.

Zones sèches : bras, paumes des mains, fesses, etc.

Comment le microbiote cutané se bâtit

microbiote cutanéLe microbiote cutané se construit et évolue tout au cours de la vie. Il est influencé par de multiples facteurs. Néanmoins, trois moments clés se démarquent dans le développement de celui-ci.

Colonisation à la naissance

À la naissance, lorsqu’un enfant fait son passage dans le vagin de sa maman pour se diriger vers le monde qui l’attend, il reçoit tout un bagage d’organismes vivants venant des microbiotes vaginal et digestif de sa mère. Ceci deviendra sa propre signature, son empreinte vivante qui colonisera toute sa peau, mais aussi tout son conduit digestif.

Adolescence du microbiote

La flore se complète à l’adolescence. Lorsque les grands changements hormonaux propres à l’adolescence se déclenchent, les sécrétions de sébum augmentent et affectent directement le milieu cutané.

Cinquantaine du microbiote

La plus grande sécheresse et la diminution de la sécrétion de sébum qui arrivent à la ménopause et à l’andropause affectent aussi le microbiote cutané de façon importante. C’est le troisième moment clé dans son évolution. Souvent, la diversité de celui-ci décline à cette étape de vie.

Autres facteurs d’influence sur le microbiote cutané

Plusieurs autres facteurs ont une incidence sur le microbiote cutané.

– Le microbiote digestif est très influent. Le lien entre la peau et les intestins est très grand; il n’est pas rare de voir des dysbioses intestinales générer des dermatites cutanées. Même que de nombreuses études se penchent sur le sujet depuis quelques années afin de mieux comprendre cette grande interrelation, son incidence, etc.

– Le contact avec les autres peut enrichir notre microbiote cutané. Vivement les amitiés, la famille, les relations humaines et même les relations avec nos animaux!

– La pollution, les rayons UV, les parfums, les produits de beauté (surtout si leur pH est supérieur à 6,5), l’exfoliation excessive de la peau (plus d’une fois par semaine) peuvent affecter négativement notre microbiote cutané.

– Le stress est aussi un facteur nuisible, car il vient altérer le pH cutané.

– L’eau chaude (au-dessus de 35 °C) semble aussi l’affecter négativement. C’est logique quand on y pense, notre corps fait la même chose lorsqu’il veut détruire des bactéries ou les microorganismes. C’est ce qu’on appelle la fièvre!

– L’âge a aussi une incidence par différents mécanismes, que ce soit par la modification de la peau, par les divers changements hormonaux, etc.

– L’environnement de vie : les gens habitant en campagne sont généralement plus exposés à une grande variété de microorganismes; leur microbiote cutané est donc souvent plus riche et plus diversifié.

– L’utilisation excessive des savons antibactériens peut aussi entraîner une dysbiose du microbiote cutané, surtout si celle-ci est sur une période prolongée. Sachant cela, ne serait-il pas mieux de bien se laver les mains avec un bon vieux savon (non antibactérien) qui, même en temps de COVID, s’avère aussi efficace sans causer de dommages au microbiote cutané?

Enrichir le microbiote cutané

Certes, on a vu que le contact avec les autres enrichit le microbiote cutané, mais serait-il aussi possible de continuer à l’inoculer? Les probiotiques seraient alors une réponse logique. Ainsi, on pourrait penser à utiliser le jus des lactofermentations ou même le kombucha en externe et supposer que ces liquides vivants viendront renforcer la barrière cutanée et réduire l’inflammation. D’ailleurs, plusieurs recherches en cosmétique misent sur l’introduction de probiotiques dans les produits de soins de la peau. De plus, la prise de probiotiques en interne favorise la santé du microbiote cutané, car nourrir le microbiote digestif est aussi une façon de nourrir celui de la peau.

Nourrir le microbiote cutané

microbiote cutanéL’acide lactique semble être une excellente nourriture pour cette marmaille de microorganismes, notamment parce qu’il maintient le pH du milieu cutané et crée un terrain favorable au développement bactérien. Heureusement, l’acide lactique est facilement accessible dans le vinaigre de cidre de pomme! De plus, comme le vinaigre de cidre non pasteurisé grouille de vie, en plus de fournir de l’acide lactique, il apporte un ensemble de microorganismes bénéfiques.

Les prébiotiques sont également une excellente forme de nourriture. On peut alors penser à toutes ces plantes que l’on sait riches en inuline : pissenlit, grande et petite bardanes, chicorée sauvage, inule aunée, topinambour, etc. Toutefois, ces plantes contiennent généralement énormément de sucres complexes. Elles ne sont donc pas optimales dans un produit transformé au risque de réduire drastiquement sa capacité de conservation. Par contre, on pourrait très bien envisager leur usage en externe sous forme de bains tièdes, de cataplasmes, de rinces, de compresses, etc.

Comment entretenir le milieu?

plantes émollientes
Mauve des bois et guimauve officinale

Vivement des plantes émollientes pour aider à maintenir le biofilm cutané intact! Lorsque l’on parle de plantes émollientes, on peut penser à la mauve des bois, à la mauve musquée, à la guimauve officinale, au plantain majeur ou lancéolé, au rosier rugueux, etc.

 

 

 

Un sujet qui continue d’évoluer

Avec les futures recherches qui porteront sur le sujet, il sera très intéressant de voir les divers liens entre des problématiques cutanées et le développement anormal de certains microorganismes. Plusieurs ont d’ailleurs déjà été réalisées et commencent à mettre en relation la présence de certains pathogènes dans le microbiote cutané et le développement d’une pathologie cutanée. En tant qu’herboriste, ça nous aidera à mieux sélectionner les plantes pour des soins en externe et cela validera certainement l’usage traditionnel d’une plante ou d’une autre pour une pathologie donnée. Vraiment, le microbiote cutané est une porte qui s’ouvre sur une nouvelle compréhension qui enrichit la pratique de l’herboristerie.


WIKIPÉDIA. Microbiote cutané humain. https://fr.wikipedia.org/wiki/Microbiote_cutan%C3%A9_humain

REVUE MÉDICALE SUISSE. Le microbiote cutané : le poids lourd sort de l’ombre, 2016. https://www.revmed.ch/RMS/2016/RMS-N-512/Le-microbiote-cutane-le-poids-lourd-sort-de-l-ombre

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Johanne Fontaine

C’est en 1993 que Johanne a commencé son apprentissage en herboristerie avec Danièle Laberge et elle est toujours aussi touchée et émerveillée par la beauté, la générosité et l’efficacité des plantes. Elle enseigne depuis la fin des années 1990 et c’est une passion pour elle de faire découvrir l’univers fascinant du monde végétal. Elle a élaboré Les herbes enchantées, des jardins à visiter à Roxton Pond en Estrie où elle avait rassemblé plus d’une centaine de variétés disposées par plates-bandes thématiques. Pendant neuf années, elle a accueilli visiteurs, stagiaires et élèves dans ce lieu bucolique. Depuis 2006, elle travaille à l’Herbothèque où elle participe à la rédaction du matériel de cours et accompagne les étudiants dans leur démarche tout en continuant sa pratique d’herboriste thérapeute accréditée et de coach. Elle s’est impliquée dans les associations d’herboristerie au niveau provincial et fédéral. Elle est également poétesse et harpiste.

Catherine Lalonde

Catherine est convaincue que l’herboristerie est une solution pour l’avenir de la santé communautaire de même que celle de la planète; elle travaille à la promouvoir comme médecine de première ligne afin d’amener le plus de gens possible à découvrir cet art et à se l’approprier. Elle est l’auteure du cahier éducatif pour enfants, Monsieur Plantain. Catherine a enseigné et travaillé à l’Herbothèque de 2008 à 2020. Elle a participé à coécrire plusieurs cours offerts par l’Herbothèque. En 2016, elle a créé son entreprise, Sauvages & Cultivées, qui se spécialise dans la production de plantes séchées et de produits variés. Depuis septembre 2020, elle se consacre au rayonnement de son entreprise.

Anne Vastel

Anne pratique l’herboristerie depuis plus de quinze ans et accompagne des personnes atteintes du cancer du sein depuis les débuts de sa pratique. Elle a fait des formations complémentaires en Colombie-Britannique auprès de Chanchal Cabrera et aux États-Unis auprès de Donald Yance pour approfondir ses connaissances de la maladie et des plantes médicinales. Elle se spécialise aussi dans l’accompagnement des personnes atteintes de la maladie de Lyme. Ces années de pratique lui permettent aujourd’hui de partager ses expériences avec vous afin que vous ayez plus de réponses à vos questions et que vous puissiez faire des choix qui vous conviennent. Anne se passionne aussi pour la médecine chinoise.

 

Natacha Imbeault

Enfant, elle a passé des heures à explorer la nature qui la fascinait. Les plantes et la santé naturelle sont depuis 1988 dans la vie de Natacha. Depuis janvier 2002, elle est copropriétaire et directrice de l’Herbothèque inc. Ses fonctions l’ont amenée à suivre diverses formations en gestion des affaires et en marketing. Natacha s’occupe du développement, de l’approche pédagogique des formations et dirige l’équipe, en plus de participer à la rédaction et à la mise à jour de documents académiques.

Éveilleuse, maitre herboriste, thérapeute multidisciplinaire en médecine naturelle et croissance personnelle, maitre reiki (depuis 1994), elle est entrepreneure, enseignante, chroniqueuse et conférencière. Elle œuvre dans le milieu de la santé naturelle depuis 1991 et depuis 1995 comme herboriste. Elle fait partie du Conseil des Sages de la Guilde des herboristes. Elle a siégé à plusieurs reprises au conseil d’administration, ainsi qu’au comité de l’aile professionnelle de la Guilde des herboristes du Québec. Elle est elle-même Herboriste thérapeute accréditée par l’aile professionnelle de la Guilde.

En plus de ses compétences entrepreneuriales, elle a comme thérapeute une approche holistique et un coffre à outils diversifié : reiki, herboristerie, naturopathie, élixirs floraux, alimentation, approche psychospirituelle, PNL, outils d’interventions TRIMA, formation en rite de passage, médecines énergétiques, médecine traditionnelle et plus encore.

Passionnée par la vie et la santé sous tous ses aspects, c’est pour elle une joie et un privilège d’accompagner l’autre dans son chemin vers la guérison, une plus grande connaissance de lui-même et de la vie qui nous nourrit. Femme médecine, elle porte et transmet la sagesse et les bienfaits de la terre et de la nature.

Son but premier, à travers tous les contacts et les enseignements qu’elle offre, est de transmettre son profond amour et son grand respect pour toutes formes de vie, dans le but d’éveiller en chacun un amour et une passion sans limites pour soi, les autres et la vie.