Paracelse

« Mes écrits dureront et subsisteront jusqu’au dernier jour du monde comme véritables et incontradiscibles. »
En voilà une déclaration modeste! Et c’est Paracelse lui-même qui la prononça. Ça donne une idée du personnage… On voit souvent son nom dans les monographies de plantes médicinales. Mais qui était-il au juste? C’est ce que nous allons découvrir.

Son parcours de vie
C’est en 1493 à Einsiedel, en Suisse, qu’est né Philippus Theophrastus Aureolus Bombastus von Hohenheim. Il était issu de la classe populaire. Sa mère était intendante dans un hospice et son père chimiste et médecin. Sa mère décéda alors qu’il était encore très jeune et c’est son père qui se chargea de son éducation. Ils déménagèrent en Autriche, dans la ville de Villach, où son père lui enseigna les rudiments de la pensée humaniste, de la médecine, de la chimie et de la connaissance des plantes. Durant son adolescence, il a travaillé dans le domaine des mines, comme mineur et comme chimiste, et c’est finalement à l’âge de 16 ans qu’il a entrepris des études en médecine. À 22 ans, il obtint son diplôme de doctorat en médecine et choisit alors le patronyme de Paracelse.

Il a commencé sa pratique de médecin comme chirurgien dans plusieurs armées de 1516 à 1524. En 1527, il devint professeur de médecine à l’Université de Bâle mais ça ne dura pas longtemps car son attitude lui attira des représailles de la part de ses confrères. Il était effectivement reconnu pour son arrogance bien particulière. Son exaltation et son insolence provoquèrent les mêmes scandales dans la population de Villach et Paracelse fut contraint de quitter la ville en 1528. Il entreprit une série de voyages à travers l’Europe durant lesquels il continua à étudier les maladies, où il prit le temps d’apprendre des paysans d’autres méthodes de soin, où il écrivit des ouvrages et où, moins glorieusement que ce que l’on raconte, il fréquenta assidument les tavernes locales. En 1529, il publia son premier livre portant sur le bois de Gaïac, un remède contre la syphilis. Il publia son ouvrage majeur, le Paragranum, un grand livre de médecine, en 1531.

Pendant la peste de 1534, il passa la majeure partie de son temps au chevet de malades. Il était tout dédié à sa profession. En 1535, il étudie les bienfaits des eaux thermales et établit les fondements de la balnéothérapie. En 1536, il publie un autre de ses ouvrages, La grande chirurgie, ouvrage qui lui fit retrouver une certaine gloire. Il termina sa vie dans la ville de Salzbourg où il mourut le 24 septembre 1541.

Le médecin

Paracelse
Paracelse

En médecine, on peut dire que Paracelse a vraiment pris une nouvelle direction par rapport à ce qui se faisait à son époque. Il commença d’abord par contredire le paradigme de la théorie des humeurs voulant que la maladie soit due à un déséquilibre des humeurs. Il fut l’un des premiers à considérer la place des facteurs externes dans la maladie. De plus, contrairement à ce qui était le plus souvent prôné, soit que la meilleure façon de soigner était par l’utilisation des contraires, « utiliser quelque chose de froid pour soigner un déséquilibre chaud », il affirmait que les semblables guérissaient par les semblables. Il a d’ailleurs enseigné la théorie des signatures, quoique toutes ses idées ne furent pas bien comprises à son époque.

Il a aussi préconisé l’importance de l’enseignement clinique qui, bien que valorisé dans le monde arabe, était pratiquement ignoré en Europe.

« Qui donc ignore que la plupart des médecins de notre temps ont failli à leur mission de la manière la plus honteuse, en faisant courir les plus grands risques à leurs malades ? Ils se sont attachés, avec un pédantisme extrême, aux sentences d’Hippocrate, de Galien et d’Avicenne (…) J’enseignerai pendant deux heures par jour la médecine pratique et théorique (…). L’expérience [savante] est notre maître d’école suprême – et de mon propre travail. Ce sont donc l’expérience et la raison, et non les autorités [Hippocrate, Galien, Avicenne] qui me guideront lorsque je prouverai quelque chose. »
(Liber paragraphorum, épître, in Sämtliche Werke, K. Sudhoff édi., t. IV, p. 1-4).

La seule vraie médecine devait, selon lui, être basée sur l’expérience. C’est notamment de cette manière qu’il a contribué de façon significative au développement des connaissances sur l’anatomie et la physiologie. Il était aussi plutôt en avance pour son époque. Il préconisait de garder les plaies propres plutôt que d’en brûler les chairs. Il utilisait pour ce faire des composés à base d’huiles essentielles.

Connaissant bien la chimie et l’alchimie, il accordait une place de toute première importance à ces sciences dans le traitement des maladies. Voyant l’homme comme un complexe de composés chimiques et la maladie comme une altération de ces composés, il considérait qu’il fallait donc les utiliser pour combattre la maladie. Il est un des précurseurs de la médecine chimique, étant l’un des premiers à avoir utilisé des substances chimiques et des minéraux dans les traitements. Il a introduit l’opium, le mercure, l’arsenic, le soufre, l’antimoine, etc. dans sa pharmacopée. Il est en quelque sorte considéré comme le grand-père de la chimiothérapie et de l’homéopathie. On le considère aussi comme le père de la toxicologie puisqu’il avait établit l’importance de la question des dosages : une substance très toxique, comme le mercure, peut être très thérapeutique à dose infinitésimale tandis qu’une substance essentielle à la vie comme l’eau peut tuer en trop grande quantité. L’usage de substances chimiques en médecine est certainement un de ses apports ayant eu le plus d’impact sur le développement la science médicale.

Paracelse distinguait cinq catégories de médecins, ou méthodes de médecine. Il y avait les Naturels, ceux qui soignaient selon la nature des plantes, en utilisant le concept des contraires « on soigne ce qui est froid par ce qui est chaud ». Il y avait les Spécifiques, qui considéraient les maladies selon leur forme spécifique et les traitaient avec des médicaments spécifiques. Il y avait les Caractéristiques, qui utilisaient la parole dans leur art de soigner, notamment les astrologues et les philosophes. Il y avait les Spirituels, qui savaient comment utiliser l’esprit des herbes et des racines, comme Hippocrate. Finalement, il y avait les Fidèles, qui eux soignaient en n’usant que de la foi.

Dans le même ordre d’idée, il considérait qu’il y avait cinq origines aux maladies. L’entité astrale, la force que les astres opèrent sur les humains. L’entité vénéneuse, soit les poisons et autres produits toxiques. L’entité naturelle fait pour sa part référence à la vie qui use et affaiblit le corps, soit le vieillissement. L’entité spirituelle, la force d’esprit qui nuit au corps et l’entité divine, qui est au cœur de chaque personne.

Durant sa vie, Paracelse s’est aussi intéressé à la théologie, l’astrologie, la magie, l’occultisme et l’alchimie. Ses écrits en sont d’ailleurs teintés et c’est ce qui donne sa couleur si particulière à l’œuvre globale du personnage. La science médicale considère aujourd’hui que ces à-côtés viennent assombrir l’héritage laissé par Paracelse, associant les sciences plus occultes à un manque de sérieux, quoique l’on sache que ces approches renvoient à la notion de « subtil », étroitement liée aux fondements de la santé. Peu importe, on ne peut que constater l’impact que ses idées révolutionnaires ont eu sur la discipline médicale. Mais en tant qu’herboriste, je me demande bien quels impacts Paracelse a-t-il eu sur la place des plantes médicinales en médecine…

Sources :
« Portraits de médecins », http://www.medarus.org/Medecins/MedecinsTextes/paracelse.html
« Paracelse », http://fr.wikipedia.org/wiki/Paracelse
« Paracelse », http://www.moncelon.com/paracelse1.htm

 

Article tiré du Journal Terre de Vie, Été 2009

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