Passer au sans gluten, un changement pas si facile !

On entend de plus en plus parler de la diète sans gluten, mais rarement l’on parle des difficultés éprouvées par les gens qui vivent ce changement alimentaire. Il est important de se remémorer que cette diète est un passage obligé, pour un retour vers la santé, elle est un changement imposé par une condition de santé et elle est, pour la majorité, loin d’un choix idéologique ou d’une préférence alimentaire.

Dans cet article, j’explorerai avec vous certains défis rencontrés lors d’un passage à un régime sans gluten, ainsi que différentes étapes et adaptations connexes.

C’est différent d’avoir un régime imposé que de choisir un changement alimentaire, c’est notre propre sentiment de liberté qui est affecté. Notre sentiment de liberté alimentaire.

Commençons par le début
Il y a ce moment où une personne apprend ou comprend que sa condition physique imposera un régime alimentaire strict et sans gluten. Il faut savoir que ce n’est pas toutes les personnes qui mangent sans gluten qui ont eu la chance d’avoir un diagnostic clair. Certaines personnes vont avoir des signes physiques marqués dans leur quotidien, d’autres vont faire une diète d’élimination afin de trouver les aliments irritants. Certes, il est plus facile d’avoir un diagnostic clair pour s’y référer, ce qui explique le soulagement vécu chez les certaines personnes cœliaques à l’annonce de leur condition. Les personnes n’ayant pas reçu de diagnostic devront utiliser leurs symptômes et les améliorations de leur bien-être global comme des phares pour garder leur motivation.

Dans tous les cas, peu importe ce qui mène la personne vers un régime sans gluten, il y a ce moment où il devient incontournable dans le chemin du retour à la santé. Lorsque la personne comprend cet incontournable changement à son régime, généralement une certaine anxiété survient, devant tout l’inconnu que ça représente. Pour d’autres, un découragement émerge en elles face à ce qui semble géant. L’intensité de ce qui est vécu varie selon les personnes. Plus l’alimentation de la personne est traditionnelle, plus elle aura de changements majeurs et de nouveaux aliments à découvrir et à intégrer. Pour certaines personnes, manger sans gluten signifie de complètement changer ses habitudes alimentaires et c’est très déstabilisant.

Comprendre que ce régime est obligatoire pour l’amélioration de sa condition de santé est aussi un point de rupture, entre l’avant et le maintenant… le deuil commence. Le deuil de tout ce que la personne ne pourra plus manger et aussi de ses habitudes liées à la nourriture qu’elle ne pourra plus faire ou du moins plus de la même façon.

La nourriture est centrale dans notre vie, elle est associée à des habitudes, à des souvenirs, aux rencontres sociales et familiales, aux fêtes… Un changement majeur dans l’alimentation affecte toutes ces sphères et l’expérience que chacun en fait est unique.

L’épicerie
Cette diète, c’est aussi réapprendre à faire l’épicerie. La première visite peut être difficile et frustrante, car elle confronte à cette réalité alimentaire nord-américaine : le gluten est partout, enfin presque! Lire les étiquettes pour être bien informé de ce qui entre dans notre corps devient coutume des visites à l’épicerie. Ce qui est un des grands avantages de ce régime, car au bout du compte, on devient conscient de ce que l’on mange, mais les premières visites à l’épicerie durent plus longtemps, on lit, on réalise qu’on ne peut pas manger ci, pas manger ça… Pas toujours facile…

Il y a aussi l’incroyable liste de ce que l’on ne peut pas manger, tous ces multiples ingrédients qui ne semblent d’aucune affinité avec le gluten, mais qui en contiennent… Alors là, la liste de ce que l’on ne peut pas manger s’allonge et dans certains cas l’anxiété, la frustration aussi…

Restrictions alimentaires

Les aliments transformés deviennent en grande majorité des interdits et les aliments entiers deviennent des phares sécuritaires sur lesquels se reposer. Fini les aliments transformés, les baguettes, les collations rapides… Tout d’un coup, les options alimentaires diminuent drastiquement, la facilité s’envole avec la diversité, générant une impression de perdre notre liberté alimentaire. L’alimentation passe de l’abondance à l’austérité. Toute une gamme d’émotions peut en émerger, de la colère, à la tristesse, en passant par le sentiment d’injustice.

L’adaptation viendra, la personne apprendra à reconnaître les choix sains pour elle, s’habituera aux nouveaux aliments et retrouvera cette liberté et cette abondance. Heureusement, il est de plus en plus facile de manger sans gluten; les produits se sont multipliés dans les dernières années.

Réapprendre à cuisiner
Manger sans gluten implique de cuisiner, à moins d’avoir de grands moyens financiers. Pour certains, cuisiner est déjà une pratique courante; pour d’autres, un apprentissage commence. Dans tous les cas, on apprend à cuisiner avec de nouveaux ingrédients, de nouveaux aliments et, bien sûr, plus d’aliments entiers.

Souvent, on peut observer la tendance à vouloir reproduire en sans gluten tous ces aliments que l’on ne peut plus manger. Faire un pain sans gluten… Sachez que ce n’est jamais vraiment pareil, mais ça peut tout de même réconforter ou apaiser.

Une grande gamme de nouveaux aliments sont à découvrir. Avec le temps et l’acceptation, les gens se connectent à cette nouvelle diversité et l’alimentation se réinvente.

La famille et les amis
L’expression « partager un repas avec des êtres chers » change tout à coup de couleur. Les personnes devront prévoir, organiser, savoir quel sera le menu, ses ingrédients, amener ses aliments ou pas… Les repas avec les autres se compliquent.

Entrer en relation avec les autres autour d’une table. Pas toujours facile, lorsque la personne n’a pas accepté encore son régime et regarde les autres manger des aliments qui lui sont interdits. Qui aimerait être face à un aliment si délicieux à son souvenir que tous dégustent avec plaisir et être la seule personne qui ne peut pas en manger ?

Pas facile d’avoir le sentiment d’être différent et d’être devant un interdit désiré. Certaines personnes vont cacher l’existence de leur régime à leurs amis, famille, coéquipiers de travail, simplement pour ne pas déranger et d’autres éviteront les rencontres chez les autres et s’isoleront.

Le restaurant
Dans certains sondages, 81 % 1 des personnes qui mangent sans gluten évitent d’aller au restaurant. Manger au restaurant, c’est être confronté à peu de choix qui leur conviennent au menu, c’est être exposé à des contaminations croisées, c’est avoir peur d’être perçu négativement à cause de leur régime alimentaire… Avec l’acceptation et l’expérience, elles apprennent à téléphoner directement au restaurant avant, afin de s’assurer qu’elles pourront manger. Encore une fois, heureusement que de plus en plus de restaurateurs sont sensibilisés à cette condition et qu’ainsi les options sans gluten se multiplient.

Fluctuations émotionnelles et psychologiques
Tant de vécus, de réactions peuvent survenir… Certaines personnes auront besoin d’aide pour traverser cette période de deuil et d’adaptation. L’isolement est souvent observé chez les gens à la diète sans gluten, les raisons sont multiples, mais la charge émotionnelle et sociale est souvent à la base de ce comportement. Que ce soit de se sentir différent, la peur d’être rejeté, la peur de déranger, d’avoir l’air capricieux, l’anxiété lors de sorties sociales, l’appréhension des contaminations croisées et l’évitement des difficultés dans la vie sociale… Chaque expérience est unique.

Il est aussi important de se souvenir que le système digestif est directement lié à notre monde émotionnel et que, dans ce retour à la santé, les fluctuations émotionnelles et le retour de l’équilibre intestinal sont souvent synchronisés.

Respect du régime sans gluten
Suivre ce type de diète restrictive peut être difficile, surtout que les effets immédiats ne sont pas aussi criants qu’une allergie alimentaire aux noix ou aux crustacés. Dans la majeure partie des cas, la personne aura des douleurs au ventre, des maux de tête, mais les réelles conséquences sont majeures pour ces gens intolérants ou cœliaques… Le non-respect du régime peut entraîner : l’infertilité, l’ostéoporose, la dépression, le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH), des cancers de l’intestin grêle, de l’œsophage, une détérioration de la muqueuse digestive, des carences nutritionnelles, le développement de maladies auto-immunes…

Plusieurs études ont démontré les deux causes principales pour ne pas respecter la diète : les sorties au restaurant et les activités de la vie sociale1. À mon humble avis, respecter ses propres limites et s’accepter tel que l’on est est aussi un grand apprentissage dans le processus de cette diète.

Tout au long des mois et des années, il arrive des moments où avant ou traditionnellement, la personne aurait mangé du gluten. La liste est propre à chacun, des fêtes, des moments particuliers… À chacune de ces occasions, il peut être facile de flancher, en se disant : je vais mieux, un petit mal de ventre c’est pas si pire… Même si l’on sait que ce n’est pas bon pour nous.

Le changement de balancier
Il y a ce moment où les avantages deviennent plus forts que tout le reste. Où la santé, le bien-être sont redevenus précieux. Plusieurs qualités ont grandi en la personne, lors de ce processus de changement : la conscience de ce qu’elle mange et de son corps, la qualité de son alimentation diversifiée et nutritive, la vitalité retrouvée, la reprise de pouvoir par le choix éclairé, le respect d’elle-même et de ses limites. Une profonde reconnexion à l’importance de l’alimentation dans la santé globale.

Hippocrate disait : « Que ton aliment soit ta seule médecine »

Références :
http://www.drschaer-institute.com/fr/articles-specialises/respecter-un-regime-sans-gluten-1233.html
http://www.psychologies.com/Nutrition/Equilibre/Bio-et-autres/Articles-et-Dossiers/La-vie-sans-gluten/Vivre-la-maladie-coeliaque
https://celiac.org/
https://www.fqmc.org/

 

Article tiré du Journal Terre de Vie, Printemps 2018

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