Stress et plantes adaptogènes

Stress et plantes médicinales

Nous vivons dans un monde où tout va vite; nous sommes sollicités de toutes parts. Le stress est omniprésent. Il faut toujours en faire plus et en avoir plus. Le temps est devenu un luxe. Notre société tourne à une vitesse vertigineuse, et nous avons le tournis… Notre vie file entre nos doigts, sur le clavier de notre téléphone ou de notre ordinateur. Nous sommes décalés de nous-mêmes… Nous sommes déracinés, je dirais même à la dérive dans le temps. Soit on rumine le passé, soit on en anticipe le futur, mais on est si peu dans le maintenant. Toutes ces pensées et ces sollicitations viennent nous gruger beaucoup d’énergie et l’épuisement nous guette. Par bonheur, il existe des exercices d’enracinement et plusieurs plantes adaptogènes qui peuvent soutenir notre énergie et nous aider à gérer le stress. Imaginez la puissance de ces deux moyens! L’un préparant le terrain à l’autre afin de nous aider à rester les pieds sur terre.

 

Définitions et concepts : stress, enracinement et plantes adaptogènes

Avant d’aller plus en profondeur, je veux vous présenter les définitions des trois concepts de base de cet article, soient le stress, l’enracinement et la propriété adaptogène.

Stress

Le stress a été défini par Selye, un chercheur montréalais, comme étant un syndrome d’adaptation du corps à des situations. Les sources de stress sont variées : stress émotionnel (décès d’un être cher, etc.), stress de situation (problèmes financiers, etc.), stress physiologique (infection, froid, etc.), stress environnemental (pollution, etc.), etc.

Pour avoir un stress, il faut un stimulus, par exemple un ours qui surgit dans le sentier pendant une randonnée. Ce stimulus entraîne des réactions physiologiques (comme l’augmentation du rythme cardiaque et de la respiration) et des actions (comme de crier, de gesticuler, de se défendre ou de prendre les jambes à son cou – quoique cette dernière option ne soit pas recommandée face à un ours!). Cet exemple est un stress aigu, ponctuel. On peut aussi vivre du stress chronique, comme voyager soir et matin dans le trafic, avoir une relation conflictuelle, etc. Je suis certaine que je n’ai pas besoin de vous trouver des exemples et que vous en avez une douzaine en tête!

Lors d’un stimulus stressant, toute une cascade de réactions physiologiques est mise en branle pour se terminer par la production de cortisol par les surrénales qui ira stimuler certaines zones du cerveau qui permettront d’avoir différentes attitudes : fuir, combattre ou figer. Ces réactions sont donc vitales, mais lorsque le stress devient chronique, les surrénales s’épuisent, le cortisol envahit le cerveau et toutes sortes de problèmes de santé surviennent dont l’épuisement.

J’aimerais mentionner qu’il y a aussi du bon stress. C’est un stress qui stimule, qui est plaisant, qui permet de nous améliorer. En fait, la distinction réside dans la perception individuelle d’une situation. Par exemple, une personne qui voyage quotidiennement dans le trafic pourrait profiter de ce moment pour écouter des livres audio, des formations, des baladodiffusions sur des sujets qui l’intéressent comme le tricot, l’actualité, etc. Cette situation qui aurait pu être un stress négatif est alors transformée en situation plaisante.

Enracinement

enracinementCe mot, qui vient du monde végétal, est une belle image de ce que devrait être notre état d’esprit, notre vie. Un arbre avec peu de racines ou des racines superficielles ne résiste pas aux tempêtes. Mais plus l’arbre a des racines profondes et étalées, plus ses chances de rester en place, même lors de forts vents, sont élevées.

Chez l’humain, s’enraciner, c’est être connecté avec la terre, avoir conscience de son corps (la matière) et ainsi être en contact profond avec soi (l’esprit) et les autres. Chez une personne bien enracinée, le stress a moins d’emprise, le mental s’emballe moins et le calme s’installe. On peut aussi parler de s’ancrer, comme on ancre un bateau afin qu’il ne dérive pas.

Je vous propose un exercice d’enracinement. C’est un exercice parmi tant d’autres et vous pouvez aussi le modifier comme vous le ressentez.

Exercice d’enracinement

On peut le faire couché, assis ou debout.

On ferme les yeux et on prend trois respirations profondes et lentes.

Puis, on imagine des racines qui partent sous nos pieds et qui s’enfoncent profondément dans la terre, et d’autres qui s’étalent tout autour de nous. Si on est assis ou couché, on visualise également des racines qui partent de nos cuisses, de nos bras, de notre dos. Les racines s’allongent jusqu’au noyau de la Terre.

On inspire profondément et on ressent la chaleur et l’énergie tellurique qui montent par nos racines. Elles progressent jusqu’à notre cœur, qui redistribue cette énergie dans tous nos membres, dans tous nos organes jusque dans chacune de nos cellules. C’est une énergie profonde qui nous habite doucement et sereinement.

Puis, on expire lentement en envoyant par le même chemin toutes nos tensions et toutes nos préoccupations jusqu’au noyau terrestre qui les consume et les transmute.

On peut recommencer ceci le temps qu’il faut pour bien sentir l’apaisement du mental.

Lorsqu’on se sent bien enraciné et déposé, on peut, si on en sent le besoin, faire une affirmation comme « je suis calme maintenant », « je suis en sécurité ici et maintenant », « j’ai tout le potentiel dont j’ai besoin », etc.

Ensuite, on ouvre doucement les yeux. On prend un petit moment pour ressentir cette chaleur et cet apaisement avant de reprendre le rythme quotidien.

 

Plantes adaptogènes et leurs effets physiologiques contre le stress

Elles sont des plantes qui agissent sur les surrénales et qui diminuent la production de cortisol (hormone du stress). Pour être qualifiées d’adaptogènes, les plantes doivent respecter trois critères :

  • Ne pas avoir d’effets secondaires (ou très peu) ni de toxicité, même à long terme.
  • Soutenir et nourrir la vitalité sans l’épuiser (contrairement aux stimulants qui vont « donner de l’énergie », mais qui épuisent les cellules à la longue).
  • Maintenir l’homéostasie (l’équilibre des fonctions corporelles) et réguler les fonctions métaboliques.

 

Usages des plantes adaptogènes, lors de stress

Les plantes adaptogènes aident donc notre organisme à résister aux différents stress, leur point commun étant qu’elles soutiennent notre système nerveux et tonifient l’immunité. Pour avoir un effet, on recommande de les utiliser en continu pendant plusieurs mois. Un organisme épuisé a besoin de leur aide et cela peut prendre du temps pour reconstruire la vitalité. Pour rester dans le sujet de l’enracinement, je vous propose trois plantes adaptogènes dont on utilise les racines. Quoi de mieux pour nous aider à nous enraciner!

 

Trois plantes adaptogènes anti-stress issues de trois traditions*

Astragale (Astragalus membranaceus)

AstragaleCette plante, originaire de Chine et utilisée en médecine traditionnelle chinoise, pousse très bien au Québec. Ses racines sont sucrées. En médecine traditionnelle chinoise, on l’utilise pour tonifier l’énergie (Qi) de la Rate et des Poumons. Je la recommande en prévention pour les personnes qui attrapent tous les rhumes qui passent, car elle stimule la production de leucocytes. Elle est très intéressante à débuter à l’automne en préparation à l’hiver, car elle a une tendance réchauffante (quoique certaines herboristes que je connais mentionnent plutôt qu’elle a un effet thermorégulateur). Ainsi, en la prenant dès septembre ou octobre, le corps se prépare à faire face aux grands froids. Elle est tout indiquée également lors d’anémie puisqu’elle soutient l’hématopoïèse ou lors de convalescence.

Au cours de mes études en herboristerie, j’ai pris cette plante pendant trois mois afin d’observer ses effets à long terme. J’ai ressenti moins de fatigue même si je faisais de longues heures d’études. Elle a plusieurs autres propriétés médicinales comme : hépatoprotectrice, cardioprotectrice, antioxydante, diurétique. Concernant cette dernière propriété, j’ai pu confirmer cet effet lors de la première semaine de ma prise. J’imagine que je devais avoir de la rétention d’eau, car après cette première semaine, tout est redevenu normal (fréquence et quantité des mictions).

Une belle façon de l’intégrer dans le quotidien est de faire comme les Chinois et de la mettre dans les soupes comme tout autre légume. Après qu’elle ait mijoté, il est préférable d’enlever les morceaux de racines, car ils sont coriaces sous la dent, mais ce n’est pas essentiel.

Petite précaution : comme elle a une tendance réchauffante, on l’évite lors de condition inflammatoire avec chaleur, comme de la fièvre ou une infection aigüe. On l’évite aussi en présence de médicaments immunosuppresseurs.

 

Ashwagandha (Withania somnifera)

AshwagandhaCette plante qui provient de la médecine ayurvédique est cultivée comme une annuelle au Québec. Elle ne survit pas à nos hivers. Ce n’est pas une plante qui est très bonne au goût, mais on peut lui pardonner, car elle est tellement bénéfique! En ayurvéda, on la qualifie de rasayana, c’est-à-dire de tonique général.

Je l’utilise pour les personnes anémiques, car elle est riche en fer et stimule l’hématopoïèse (comme l’astragale). Elle est également appropriée lors d’hypothyroïdie, car elle stimulerait la production des hormones thyroïdiennes.

Une autre propriété non négligeable est son action anti-inflammatoire grâce à sa richesse en antioxydants, essentiels pour combattre les radicaux libres. Lorsqu’ils sont trop nombreux, les radicaux libres causent des dommages cellulaires qui entraînent le vieillissement prématuré et peuvent causer plusieurs autres pathologies comme le cancer, la maladie de Parkinson, la maladie d’Alzheimer, certaines maladies cardiovasculaires, etc. L’ashwagandha est donc très utile lors d’inflammation chronique et de douleurs articulaires (arthrite, arthrose).

Si vous avez porté attention à son nom latin, vous en avez certainement déduit une de ses propriétés… elle favorise le sommeil. Je connais même certaines personnes qui ne peuvent en prendre pendant le jour, car elle les rend somnolentes! Ce n’est pas mon cas, et je peux la prendre pendant la journée sans m’endormir. Les personnes souffrant d’insomnies peuvent aussi en prendre au coucher, sous forme de poudre, mélangée dans du lait (végétal ou animal) avec une pincée de muscade et du miel si désiré. La muscade prolonge l’effet sédatif de l’ashwagandha.

Précautions : éviter lors d’hémochromatose, d’hyperthyroïdie, de grossesse, d’allaitement et de médication pour le système nerveux.

 

Aralie à tige nue / aralie salsepareille (Aralia nudicaulis)

Aralie à tige nue - stress et plantes adaptogènesVoici une précieuse adaptogène de nos sous-bois! Elle est de la même famille que les ginsengs (Araliacées), mais n’a pas tout à fait les mêmes actions. Elle est plus douce, elle se compare à l’astragale, mais en moins réchauffant. Les membres des Premières nations l’utilisaient entre autres lors de longs déplacements pour avoir plus d’énergie. Tout comme l’astragale, elle renforce le Qi de la Rate et des Poumons, mais en plus celui des Reins. On l’utilise aussi en cas d’anémie; en médecine chinoise, on dit qu’elle nourrit le Sang. C’est un bon soutien des surrénales, mais son action est lente, à l’image de sa croissance. On doit donc la prendre à très long terme.

La Métisse (2018) recommande de ne pas cueillir les plants femelles et de la cueillir avec parcimonie. Surtout que l’aralie est de croissance lente, tout comme ses cousins les ginsengs. Un plant femelle peut mettre jusqu’à 100 ans avant d’apparaître! De plus, les fruits à graines fertiles qu’il porte sont souvent mangés par les chevreuils et les orignaux. C’est une plante qui pousse en colonie. Les plants ne peuvent survivre s’ils sont séparés de leur réseau.

Lors de la cueillette, il est primordial de ne couper le rhizome (« racine » latérale entre deux plants) que d’un seul côté du plant et de ne récolter que les jeunes rhizomes de moins de 10 ans. Pour compter l’âge du plant, il suffit de compter les cicatrices au collet de la plante (section entre la tige et le rhizome). Une cicatrice par année d’âge.

La Métisse recommande aussi de ne pas récolter cette partie, mais de ne récolter que les rhizomes et surtout sur les plants mâles; ceux-ci poussent à l’ombre en compagnie des conifères et leurs rhizomes sont foncés. Respectons cette plante et protégeons-la! C’est un trésor dont nous sommes les gardiens.

Petite anecdote : elle a été un des ingrédients de la root beer.

 

Les plantes adaptogènes sont de bonnes alliées face aux divers stress

Néanmoins, il ne faut pas non plus négliger de prendre le temps de s’enraciner chaque jour afin de changer notre perception de ces stimuli et de préparer le terrain à l’action des plantes adaptogènes. Elles n’en travailleront que mieux. S’enraciner permet de vivre dans le moment présent, sans s’épuiser à ruminer le passé qu’on ne peut changer ou à anticiper le futur où rien n’est encore arrivé.

À ce propos, j’aime beaucoup ce petit dialogue entre Winnie l’ourson et Porcelet, de Alan Alexander Milne :

– Quel jour on est?, demande Winnie.

– On est aujourd’hui, répond Porcelet.

– Ah, c’est mon jour préféré, dit Winnie.

L’aujourd’hui est toujours porteur de renouveau; il nous permet de recommencer à neuf. Profitons d’aujourd’hui et du moment présent en dégustant en pleine conscience une bonne tisane de plantes adaptogènes.

Bon enracinement!

 

* Les plantes citées dans cet article peuvent avoir des contre-indications ou des interactions médicamenteuses. Il est recommandé de consulter une herboriste thérapeute avant de les utiliser si vous êtes enceinte, vous allaitez, vous souffrez d’une condition médicale particulière ou prenez des médicaments. De plus, cet article a simplement pour but de vous informer et n’est pas un substitut à une consultation médicale.

 

JONES, Feather. Medicinal Herb Handbook: An Herbal Application Guide for Novice and Clinician Through Simplified Herbal Remedy Descriptions, Lotus Press, Twin Lakes, 1999, 40 p.

LAZARUS Richard et Susan FOLKMAN. Stress, Appraisal and Coping, Springer Publishing Company, New York, 1984, 456p.

LA MÉTISSE. Usages autochtones des plantes médicinales du Québec. Les fleurs, Éditions La Métisse, 2018, 285 p.

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