Synergies et plantes médicinales

Au cœur des plantes vivent de multiples molécules qui interagissent ensemble

Les plantes contiennent des centaines voire des milliers de molécules différentes. D’ailleurs, cette grande complexité fascine l’être humain depuis des centaines d’années. Nous avons cherché et nous cherchons toujours à en connaître davantage sur le contenu biochimique des plantes. Certaines ont été étudiées plus que d’autres, mais il reste beaucoup à découvrir pour comprendre leur modus operandi.

Un élément important à savoir, c’est que le contenu (les proportions de composantes actives) d’une plante n’est pas statique. Il varie selon son stade de croissance, la température extérieure, la composition du sol, les plantes environnantes, la présence d’insectes et même l’heure de la journée. Alors, ce n’est pas une mince affaire que de déterminer la composition d’une plante. On peut en tirer un portrait momentané, mais sera-t-il indicatif de tous les individus de l’espèce? Parmi les espèces, il y en a tout de même qui ont été analysées méticuleusement et répétitivement et nous avons une bonne idée de ce qu’elles contiennent en général. Certaines molécules ont été isolées pour tenter de comprendre leur action dans le corps humain et nous avons fait de multiples découvertes passionnantes. C’est sur cette dernière affirmation que se sont construites les sciences pharmacologiques.

Cependant, les plantes et le corps humain étant des systèmes très complexes, plusieurs phénomènes imprévisibles ont été observés. Il est arrivé que certains mélanges ou certaines préparations ne donnent pas les résultats attendus, que ce soit positif ou négatif. C’est précisément cette non-prévisibilité que l’on appelle synergie. En d’autres termes, une synergie est un phénomène où un plus un n’égale pas deux. Je vais vous donner des exemples de trois types de synergies.

 

Les synergies et les plantes médicinales amplificatrices ou positives

Dans ces synergies, le résultat est plus grand que la somme de ses éléments, un plus un donne trois, dix ou cent.

C’est, par exemple, lorsque le poivre noir augmente l’efficacité du curcuma. Premièrement, il augmente son absorption au niveau du système digestif en altérant la muqueuse et, deuxièmement, il inhibe le cytochrome CYP450 ce qui permet de garder les curcuminoïdes plus longtemps dans l’organisme.

Autre exemple : les saponines contenues dans l’astragale agissent comme un savon et augmentent la solubilité dans l’eau des autres composantes résineuses et aromatiques améliorant alors l’efficacité thérapeutique des décoctions.

Synergie et plantes médicinales
Artichaut (Cynara cardunculus)

Un autre exemple est observé avec l’artichaut. Quatre molécules de cette plante ont été identifiées pour avoir un effet hépatique. Prises isolément, elles n’ont pas donné de résultats significatifs, mais lorsqu’elles sont prises ensemble, les résultats sont concluants.

On peut également parler de synergie amplificatrice pour l’échinacée qui augmente l’efficacité des antibiotiques.

 

Les synergies et les plantes médicinales atténuantes ou négatives

C’est quand le résultat est plus petit que la somme de ses éléments, un plus un donne un dixième, un centième.

Par exemple, ça peut être les mucilages de la guimauve officinale qui diminuent l’effet asséchant de l’inule aunée sur les muqueuses.

Réglisse (Glycyrrhiza glabra)
Réglisse (Glycyrrhiza glabra)

Cela peut aussi être les tanins contenus dans le théier qui diminuent l’absorption du fer pendant une heure ou deux parce que les tanins forment une couche de protection temporaire sur la muqueuse en se liant aux protéines.

Ou encore la présence de la réglisse dans un mélange qui diminue la toxicité de certains alcaloïdes comme dans le cas d’un mélange utilisé en médecine traditionnelle chinoise qui contient de la réglisse et de l’aconit (plante extrêmement toxique et potentiellement mortelle).

 

Les synergies et les plantes médicinales stabilisantes ou de protection

C’est lorsqu’une molécule en protège une autre de la décomposition lui permettant ainsi d’exercer une action malgré sa fragilité.

C’est lorsque la vitamine C des piments est protégée par d’autres antioxydants tels que les β carotènes, la capsanthine et la capsorubine. D’ailleurs, c’est ce qui permet aux piments et aux poivrons, particulièrement les rouges et les orangés, d’être une très bonne source de vitamine C qu’ils soient crus ou cuits.

C’est également l’extrait de romarin qui retarde le rancissement des huiles, on peut alors en ajouter dans nos huiles de macération pour augmenter leur durée de vie.

Il y a une étude particulièrement intéressante qui illustre bien le phénomène des synergies stabilisantes. Cette étude avait pour objectif de vérifier l’effet de la vitamine E et du β carotène sur la prévention du cancer chez les fumeurs. L’étude a démontré que le β carotène pris isolément avait augmenté le taux de cancer. Elle a également démontré que la prise conjointe de vitamine E et de β carotène n’avait pas d’impact significatif. Or, il a été démontré que la consommation d’aliments riches en β carotènes a une incidence positive sur les risques de cancer du poumon.

La conclusion que l’on peut tirer de cette étude est que le β carotène pris isolément, lorsqu’il est exposé aux radicaux libres de la fumée de cigarette, se transforme en molécule oxydante et nocive. Par contre, si on le consomme en compagnie de tous ses dérivés (β carotènes, cryptoxanthines, lycopènes, lutéine, etc.), les différents antioxydants ont la capacité de se régénérer les uns les autres et de conserver leur capacité antioxydante, malgré la présence de nombreux radicaux libres.

 

La complexité du vivant

Alors, vous aurez compris que les phénomènes de synergie peuvent se produire à l’intérieur d’une même plante, pendant sa préparation, en relation avec le mélange dans lequel elle est consommée, avec la prise d’autres substances (aliments, médicaments) ou encore à l’intérieur du corps humain.

Pour ma part, c’est un sujet qui m’apparaît des plus intéressant à explorer. Il me semble qu’en étudiant les plantes comme des êtres vivants complexes, il y a tant de choses à découvrir!

 

Références

GANORA, Lisa. Herbal Constituents, Foundations of Phytochemistry, Herbalchem Press, États-Unis, 2009, 215 p.

BRUNETON, Jean. Pharmacognosy, Phytochemistry, Medicinal Plants, 2nd Edition, Éditions Tec & Doc, Paris, 1999, 1120 p.

COLLECTIF HERBOTHÈQUE. Cours de Pharmacologie et Pharmacognosie, Herbothèque, Lantier, Québec, 2016.

NEW ENGLAND JOURNAL OF MEDECINE. The effect of vitamin E and beta carotene on the incidence of lung cancer and other cancer in male smokers, 1994 Apr 14; 330 (15):1029-35. (consulté en ligne le 19-11-2019)

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/8127329

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